vendredi 7 août 2015

PAUVRE CHRIST

PAUVRE CHRIST




Version française – PAUVRE CHRIST – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Povero Cristo – Nanni Svampa – 1969
Parolede Nanni Svampa
Musique de Lino Patruno



Entrée du Christ à Bruxelles
J'y suis, dit Lucien l'âne... Cherchez-moi.


Ah, Lucien l'âne mon ami, voici une chanson qui se doit d'être interprétée et comprise au-delà de son titre. Un titre, à mon sens, déjà ambigu. Et à plus d'un titre. Au départ, je veux dire avant d'avoir lu et traduit la chanson, j'ai pensé qu'elle usait du mot Christ à l’italienne, soit que le mot Christ compris comme synonyme du mot homme. Ce pauvre christ étant alors un pauvre homme, un homme lamentable et la chanson une lamentation.


Je connais en effet ce sens du mot christ en Italie. Même s'il n'est jamais utilisé ainsi en français. Et selon toi, ce n'était pas cela…


Exactement. Il s'agit bien du personnage dont l'histoire légendaire est racontée dans ce texte connu sous le nom de nouveau testament – nouveau car il y en avait déjà un qui du coup, fut baptisé ancienMais, laissons de côté pour l'instant la véracité de ce récit ou d'autres qui en reprennent la trame. J'en reviens à la chanson qui de fait, se réfère au départ à l'usage diversifié qu'on peut faire et qu'on fait de ce nom ; elle analyse les sens qui sont donnés à ce « Pauvre Christ »… qu'on pourrait traduire aussi par « pauvre mec », « pauvre type », « pauvre homme ». Puis, d'un glissement souple, elle se retourne vers le personnage légendaire et à l'usage que certains en font. Car cette légende tombée des cieux sert de fondement à des entités bien terrestres – en clair, la démocratie chrétienne et l'Église catholique, apostolique et romaine, bref, les enfants du pape. Puis, elle interpelle le personnage de légende en lui demandant compte de son inactivité face aux grandes calamités : les guerres et massacres qui se déroulaient ou s'étaient déroulés dans le monde réelBref, elle le confronte à la réalité. Mais vois-tu, Lucien l'âne mon ami, tout tient encore une fois à une certaine dose d'ironie, à un double sens, à une démarche en crabe et repose sur l'interpellation du personnage légendaire lui-même… qui est mis en confrontation avec ce que ses fans ont réellement bâti autour de sa légende : parti, église, banque, inquisition…


On pourrait y ajouter les croisades ou les guerres dites de religion , dit Lucien l'âne. Par exemple, le sac de Jérusalem, la Saint-Barthélémy, la Guerre de Trente Ans et la Guerre de Quatre-Vingts ans… sans compter toutes les autres et tous les massacres perpétrés au fil du temps.


Bien évidemment ! Cependant, je voudrais te soumettre une idée… Il me paraît que cette chanson opère une inversion du sens de la réflexion. En fait, on s'aperçoit que ce personnage légendaire n'a pas besoin d'avoir réellement existé puisque son rôle, son aura et lui-même sont des pures projections, des constructions a posteriori. Dans un sens, il semble même que ce soit bien le cas ; le personnage en question étant décidément théorique.


En somme, dit Lucien l'âne, si je synthétise ton propos, ce n'est pas ce Povero Cristo qui a édifié sa légende et l'église et la banque, et le parti, et la religion… mais bien à l'inverse, la religion, le parti, la banque et l'église qui ont inventé et créé de toute pièce cette figure, cette icône de légende qui les sert si bien. Ce n'est pas Dieu qui a créé l'homme, mais l'homme qui a inventé Dieu et ce Christ n'est finalement qu'un succédané, une sorte de réplique à usage des foules crédules. On pourrait se référer en la matière au bon curé Meslier qui a traité cette question en profondeur. J'ajouterais un bout de testament à tous ces testaments : « Frères humains, encore un effort pour devenir athées ! » Cela dit, finissons-en, écoutons la chanson et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde endurci dans ses crédulités, fanatique, dément et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

AncrePauvre Christ dit-on de quelqu'un qui n'y arrivera pas
Pauvre Christ dit-on de quelqu'un qui ne percera pas
Pauvre Christ dit-on de quelqu'un qui ne nous la fait pas

Non, tu n'es pas arrivé
À changer l'humanité.

Pauvre Christ, pauvre Jésus
Tu n'avais pourtant pas dit
Fondez-moi un parti
Qui vend la peur
Qui exploite les vieilles
Qui invente la censure.
AncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncre
Pauvre Christ, pauvre Jésus
Tu n'avais pourtant pas dit
Écoute, tu es Pierre
Et en tant que disciple
Tu fonderas la Banque
Catholique de la Vénétie.
AncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncre
Pauvre Christ, pauvre Jésus
Pourquoi n'es-tu pas revenu
Au Biafra ou au Vietnam
Ou bien encore avant
Sous l'Inquisition,
Ou chez Hitler ou à Hiroshima.
AncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncreAncre
Pauvre Christ dit-on de quelqu'un qui ne nous la fait pas
Pauvre Christ dit-on de quelqu'un qui n'y arrivera pas
Pauvre Christ dit-on de quelqu'un qui naît dans un endroit
Sans chauffage perdu dans le froid.







jeudi 6 août 2015

AU DIABLE, AVEC SYMPATHIE

AU DIABLE, AVEC SYMPATHIE

Version française – AU DIABLE, AVEC SYMPATHIE – Marco Valdo M.I. – 2012
Chanson anglaise – Sympathy For The Devil – Rolling Stones– 1968



LE SIGNE DU DIABLE
Tiens, rien que pour toi, encore une apparition... Non, ce n'est pas une commande... C'est Ferré qui reçut une commande du Diable... et qui disait : « Une commande du Diable, mon Dieu, ça change... » . Ici, c'est juste une conséquence de ce Diable de Brel... 


Dis-moi, Marco Valdo M.I., pourquoi commencer par parler de Ferré et de Brel à propos des Rolling Stones... Pourquoi ?


Mais tout simplement pour ceci que le Diable tout comme la culture est partout, va et vient de partout, sème partout et pousse ensuite partout et que non seulement, les Rolling Stones sont postérieurs à Léo et Jacques, mais qu'ils s'insèrent dans une évocation culturelle qui de l'avis de Mick Jagger lui-même est française... « In a 1995 interview with Rolling Stone, Jagger said, "I think that was taken from an old idea of Baudelaire's, I think, but I could be wrong. Sometimes when I look at my Baudelaire books, I can't see it in there. But it was an idea I got from French writing. ... Additionally, the song has some similarities to Mikhail Bulgakov's novel The Master and Margarita. » Donc, traduisons : « Je pensais que j'avais pris une vieille idée de Baudelaire; je pensais, mais je me trompais. Des fois, je cherche dans mes livres de Baudelaire, je ne peux l'y trouver. Mais c'était une idée que j'avais trouvé dans des écrits français... De plus, la chanson a des similarités avec le roman de Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov [http://fr.wikipedia.org/wiki/Mikha%C3%AFl_Boulgakov] : « Le Maître et Marguerite ». Fin de la traduction. Mais tout aussi évidemment, on ne peut mettre hors jeu Goethe et son Faust, ni l'obsession de l'Inquisition, d'Ignace de Loyola et de l’Église, de voir le diable partout... Jusque sur les parties les plus intimes du corps des femmes... comme le montre Clovis Trouillepeintre picard et révolté  et encore, c'est meilleur et en anglais [http://weimarart.blogspot.be/2010/11/clovis-trouille-angel-of-bad-taste.html]... Il serait trop long de parcourir la peinture de Clovis Trouille pour montrer en plus son antimilitarisme, son anticolonialisme... qui justifieraient la présence de ce peintre dans les CCG...


Mais il est question de chansons, dit Lucien Lane.


Certes. Il est question aussi de troubadours... C'est pourquoi je me suis donné le plaisir de traduire l'horrible anglais : Oh yeah ! Par le très médiéval et très élégant : Oyez. Cependant, j'ai comme l'impression que Clovis Trouille pourrait être lui aussi l'inspirateur des Rolling Stones... En Somme, La Fère n'est pas si loin de l'Angleterre... Ni la Trouille de la Haine... Quant aux assassins de tzar, je te conseille d'aller revoir l’histoire du perroquet dans Les Manguiers de Bangalore.


Le Diable est un bon diable, tout compte fait. Saluons-le encore une fois... Pas sûr d’ailleurs qu'il se réjouisse de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres... C'est qu'on dit tant de choses malveillantes à son égard... Mais ce sont des propos malveillants émanant de religieux... Le Diable est un brave zig comme le conclut Boris Vian :
« Et puis on est descendu chez Satan


Alors, crois-moi, tissons le linceul et le suaire de ce vieux monde hanté par les ecclésiastiques, les noirs corbeaux, les inquisiteurs, les bourreaux, les exorcistes et définitivement, cacochyme.


(Heureusement !)

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Permettez, je vous prie, que je me présente
Je suis un homme à l'aise et de bon goût
J'ai été parti pendant tant de temps
J'ai volé l'âme et la foi à beaucoup
Et j'étais là quand Jésus Christ
Eut son moment de doute et de peine
M'assurer que Pilate
Lave ses mains et scelle son destin.

Enchanté de vous connaître
Vous devinerez mon nom, j'espère
Mais ce qui vous trouble
C'est la nature de mon jeu.

Je rodais autour de Saint-Pétersbourg
Quand je vis le temps venu du changement
Je tuai le tzar et ses ministres
Anastasie hurla vainement
Je pris un tank
De général, je pris le rang
Alors que la blitzkrieg s'enfuriait
Et que les corps puaient.

Enchanté de vous connaître
Vous devinerez mon nom, j'espère, oyez
Mais ce qui vous trouble
C'est la nature de mon jeu, oyez

J'étais en joie
Tandis que vos reines et vos rois
Se battirent dix décennies
Pour des dieux qu'ils créaient
Je criais
« Qui a tué les Kennedys ? »
Alors que c'était vous et moi.

Permettez, je vous prie, de me présenter
Je suis un homme à l'aise et de bon goût
Et je posai des pièges pour les troubadours
Qu'on tua avant qu'ils n'atteignent Bombay

Enchanté de vous connaître
Vous devinerez mon nom, j'espère, oyez
Mais ce qui vous trouble
C'est la nature de mon jeu, oyez
Enchanté de vous connaître
Vous devinerez mon nom, j'espère, oyez
Mais ce qui vous trouble
C'est la nature de mon jeu, oyez

Tout comme tout flic est un criminel
Et tous les saints des coupables
Comme les têtes des derrières
Appelez-moi Lucifer

Enchanté de vous connaître
Vous devinerez mon nom, j'espère, oyez
Mais ce qui vous trouble
C'est la nature de mon jeu, oyez
Oh, qui
Dis-moi, bébé
Quel est mon nom
Oh, qui
Dis-moi, bébé

Quel est mon nom...