lundi 19 octobre 2015

LE DÉPART DU CROISÉ : LE PREUX ANSELME

LE DÉPART DU CROISÉ : LE PREUX ANSELME

Version française – LE DÉPART DU CROISÉ : LE PREUX ANSELME – Marco Valdo M.I. A – 2009
Chanson italienne – La partenza del Crociato (Il prode Anselmo) – Giovanni Visconti Venosta – 1856



Le Sultan pour le briser
Fit tailler un pieu piquant
Mais Anselme prévoyant
Dans son froc avait mis l'acier.



Grâce à ma génitrice, qui au dernier salon du livre de Turin s'est longuement entretenue avec la splendide Dame Viglongo, propriétaire de la maison d'édition homonyme de Turin depuis 1945, je suis entré en possession de la réédition du « Le Preux Anselme – Le départ du croisé pour la Palestine ». L'édition originale remonte à 1944 sur les presses des Éditions Daniel de Rome, depuis absorbées par la Viglongo et on y trouve des illustrations de Livio Apolloni (1904-1976), célèbre illustrateur et auteur de BD romain actif dans les années 20 et après la seconde guerre et auteur, entre autres, d'une BD de « La Ferme des Animaux » de George Orwell.
Ce petit volume se conclut avec une étude notable de Walter Fochesato, spécialiste de la littérature pour enfants et de l'histoire de l'illustration et coordinateur rédactionnel du mensuel « Andersen. Le monde de l'enfance »; postface dont je tire la plus grande partie de cette introduction.
Alessandro

Giovanni Visconti Venosta (Milano 1831-1906) écrit dans ses « Souvenirs de jeunesse » : … « Sur la fin de cet automne [1856], j'écrivis une farce poétique, à laquelle ne manque pas une certaine notoriété. […] Nous étions près de la rentrée scolaire, et un jour, une bonne dame, qui habitait près de notre maison de Tirano (Valtellina), vint chez moi avec son fils qui était élève au gymnase de Côme , je crois. La mère me dit que son fils était tout mortifié, car il n'avait pas réussi à faire son devoir d'automne, donnés par son professeur. En fait, il l'avait commencé, mais il ne pouvait le terminer. L'enfant pleurait presque, et moi, me laissant attendrir, je m'offris à finir ce foutu devoir. Il s'agissait d'un poème, dont le sujet, choisi parmi ceux en vogue dans les écoles en ces temps-là, était : « Le départ du croisé pour la Palestine ». L'élève avait commencé son poème ainsi :
« Passe un jour, passe un autre
Jamais ne revient notre Anselme
Car il était fort dégourdi
Il alla à la guerre et mit son casque... »
Il s'était arrêté là. En lisant ces vers me passa par al tête une tentation mauvaise, mais irrésistible; je ds à la mère et au fils qu'ils reviennent le jour suivant et que je l'aurais fini ce poème. Je courus à mon bureau, je répétai ces vers en les déclamant et le reste vint de lui-même.
Le jour suivant quand la mère et le fils revinrent, le crime était consommé. J'écoutai sans remords leurs mots de remerciement et je remis la feuille.
Il se passa quelques mois. Tandis que je passai un examen à l'Université de Pavie, je remarquai que les professeurs me regardaient avec une certaine curiosité, parlant à mi-voix entre eux et riant. L'examen fini, l'un d'eux me raccompagna et me dit : « Donc... « Passe un jour, passe l'autre... »... C'est vous l'auteur de la Ballata ? Alors, en retour, je l'interrogeai de mon côté, et je sus qu'il avait eu mon « Croisé » par un de ses amis, professeur à Côme. Peut-être le professeur de ce fameux élève. À partir de ce jour, mon Croisé chemina longuement à mon insu, et je le rencontrai à tout moment, parfois réduit, parfois augmenté, et souvent malmené. »
.



Marco Valdo M.I., qui écrivit plus récemment « La Croisade de Pierre », se réjouit hautement de ce poème aux saveurs moyenâgeuses et racontant – bien avant lui – l'aventure du croisé. Il n'a pas pu s'empêcher, pris d'une « intention mauvaise », de le traduire illico, c'est-à-dire dès après en avoir eu connaissance. Il en abandonna même la lecture d'un roman de Saramago, que par ailleurs, il recommande tout autant à ceux qu'un soir d'été de lecture et la proximité de la mort n'effrayent pas trop. Au fait, le titre de ce roman est en français : « Les intermittences de la mort » et en portugais, langue dans laquelle il fut écrit : « As Intermitências da Morte » et en italien, la chose va de soi, « Le Intermittenze della Morte ».

Qu'on ne s'attende pas au sublime récit, façon Chanson de Roland, ni à certain lyrisme épique... Quoique... Ce lyrisme-là est bien présent, mais il sombre dans le pataquès et joyeusement. Les vers sont chaotiques et boitillants... Par parenthèse, on comprendra que l'helme (helmet, elmo...) n'est autre chose que le heaume ou le casque et ça vous a un de ces airs de chevalerie... ou de feux de Saint Elme, rien de plus fulgurant. On l'aura compris, si le Preux Anselme est ridicule, c'est bien ainsi qu'il convient qu'il soit. L'ironie et la dérision ont tissé leur toile tout au long de cette catastrophique histoire. C'est ce qui d'ailleurs fait son charme, sa réputation et l'a propulsée cent cinquante ans plus tard, ici même.

« Le Preux Anselme » a connu diverses heures de gloire et notamment, durant le ventennio (période où fleurit le goût de la croisade fasciste...) où l'idée de partir combattre au loin titillait certain Rodomont au menton carré et au crâne dégarni. Mais là aussi, malgré toutes les précautions, malgré de sensibles modifications imposées d'en haut , lesquelles modifications et versions sont reprises ici entre [...], le Preux Anselme poursuivit son œuvre de destruction de la forfanterie et de l'appétit de gloriole.

Les successeurs du Rodomont au menton dressé feraient bien de méditer la leçon et éviter toute forme de croisade ou même, de lutte contre l'Infidèle, contre l'étranger, contre ceux venus d'ailleurs.

Gloire donc au Preux Anselme, à ses pompes et à ses œuvres !

Cela dit, suivons les aventures de cet inestimable croisé.

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.


Passe un jour, passe l'autre
Jamais ne revient le Preux Anselme
Car c'était un grand apôtre
Il alla à la guerre et mit son casque...

Il mit son casque sur la tête
Pour ne pas se faire trop mal
Et partit la lance en tête
Á cheval sur un cheval.

Sa belle l'embrassa
Lui donna un baiser et dit : « Va ! »
Autour du cou, elle lui plaça
Un flacon de pastis plat.

[Et sa mère qui l'embrassa
Lui donna un baiser et dit : « Va ! »
Mais ne fais pas le malin
Avec les sous de papa !]

Puis, elle lui donna un anneau doré
Gage sacré de sa foi.
Elle lui mit dans son barda
Jusqu'aux chaussettes pour ses pieds.

Ce fut dès mâtines
Qu'Anselme sortit fier et beau
Pour aller en Palestine
Conquérir le Tombeau.

Il n'alla pas par la voie ferrée
Comme aujourd'hui la machine à vapeur.
En ces temps-là, on ne ferrait
Pas la voie, mais le voyageur.

Sa cravate de fer forgé,
Et son gilet de cuivre doré
Il voyageait, c'est vrai, porté
Mais le cheval allait à pieds.

De ce jour, il ne fit qu'aller
Aller toujours, aller, aller...
Quand au pied d'une chaumière,
Il vit un lac et c'était la mer.

Méfiant... et pensif, il s'arrêta
Sagement il médita
Puis se penchant, et d'un doigt
À bon compte, il l'essaya.

Lorsqu'il fut sur le bâtiment,
Il lui vint le mal de mer
Mais Anselme en un moment
Remit son déjeuner à l'air.

[La Cité de Constantin
En le découvrant trembla.
Elle voulut trinquer au vin
Mais le Coran l'en empêcha]

Le Sultan pour le briser
Fit tailler un pieu piquant
Mais Anselme prévoyant
Dans son froc avait mis l'acier.

Pipes, tapis, croissants
Sabres, yatagans
Odalisques, minarets,
Le Sultan déjà tout emballait.

Quand près de Salamine
Une vilaine soif le tourmenta
Anselme délaissant la marine
Pris son casque et boire s'en alla

Mais le casque le croirez-vous
Tout au fond, avait un trou
Et il mourut de soif en trois jours,
Sans s'en apercevoir, ce balourd.

[N'avait-il pas lu , pauvre cœur,
Le bon docteur Amal ?
Ne savait-il pas que pour l'homme en sueur
L'eau glacée est fatale.]

[Sur la fiasque d'essence
Il mit sa lèvre et fit « glou, glou... »
Sur le champ, il tomba éteint.
Et le Preux Anselme fut !]

Passe un jour, passe l'autre,
Jamais ne revient le guerrier
Car c'était un grand apôtre
Il alla en guerre avec son cimier.

Il mit son cimier sur la tête
Mais le fond, il ne regarda pas
Et ainsi advînt cela

Que jamais il ne revînt de la conquête!

LES MACS DE LA MORALE

LES MACS DE LA MORALE



Version française – LES MACS DE LA MORALE – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson espagnole – Los macarras de la moral – Joan Manuel Serrat – 1998







Ô grands moralisateurs, ô prêcheurs immenses, ô Père la Pudeur, Ô Pontifex maximus... Rentrez sous la terre d'où vous n'auriez jamais dû sortir. Retournez aux enfers que vous avez inventés... L'homme est trop bonasse qui vous laisse vivre et qui supporte vos exordes, vos exhortations et vos homélies... Mais nous les ânes, on n'en a cure... On vous connaît trop bien et depuis si longtemps... On vous a vus quand vous dressiez vos bûchers et rôtissiez toute une humanité, on vous a entendus quand vous prêchiez la croisade et quand depuis des temps immémoriaux, vous appeliez aux meurtres... On vous a connus bénissant les bannières, les chevaux et les canons. Vous avez mis vos dieux dans tous les camps... Vous vendiez l'indulgence et le paradis et vous le faites encore... Et vous osez faire la morale aux hommes...Votre suffisance est incommensurable

Ainsi Parlait Lucien Lane



Sans hâte mais sans pause, comme la bruine
Depuis la plus tendre enfance,
Ils te fourguent leur pâtée :
« Si tu ne manges pas ta soupe, tu ne grandiras pas... »,
« Si tu te touches, tu deviendras aveugle... »
Ils te troublent pour la vie en t'instillant la peur,
En pêchant dans le flot louche du péché et de la vertu,
En te faisant passer un chat pour un lièvre par le biais d'un credo
Qui fabrique les pots cassés qu'on te fera payer.

Ils sont la sauce de la farce
La quintessence du mal
La mèche de la suspicion
Le feu de la peur
L'âme de l’inquiétude,
De la méfiance et de l'effroi.
Les barbeaux de la menterie

Les macs de la morale.

Ils annoncent des apocalypses et se vantent d'être les sauveurs
Et si on leur cède, on est perdu sans recours ;
Ils manipulent nos rêves et nos peurs,
Ils savent que la peur n'est jamais innocente.
Tu dois les suivre en aveugle et leur être dévoué
Les croire les yeux fermés et leur donner raison
Car : « Celui qui ne se tient pas tranquille ne sera pas sur la photo... »
« Pour celui qui sort du troupeau,
Il n'y a qu'exil et excommunication. »

Ils sont la sauce de la farce
La quintessence du mal
La mèche de la suspicion
Le feu de la peur
L'âme de l’inquiétude,
De la méfiance et de l'effroi.
Les barbeaux de la menterie

Les macs de la morale.

Sans hâte et sans pause, ces vieillards
Organisent leurs croisades contre l'homme libre
Responsable plus ou moins de tous les maux
Car il pense par lui-même,
Il songe et le raconte.
Si ces gens-là n'étaient pas si terribles, on en rirait.
Si ces gens-là n'étaient pas si mauvais, on en aurait pitié
Car comme les fantômes, sans hâte et sans pause,
Ils ne sont rien si on leur arrache leur drap.

Ils sont la sauce de la farce
La quintessence du mal
La mèche de la suspicion
Le feu de la peur
L'âme de l’inquiétude,
De la méfiance et de l'effroi.
Les barbeaux de la menterie


Les macs de la morale.

dimanche 18 octobre 2015

Adresse aux religions et aux religieux


Adresse aux religions et aux religieux

Chanson française – Adresse aux religions et aux religieux – Marco Valdo M.I. – 2015




Ô dieux uniques,
Ô mères éternelles,
Ô célestes puissances !



Lucien l'âne mon ami, je me demande si tu te rappelles qu'il y a déjà un certain temps, deux années peut-être, j'avais fait une version française d'une chanson espagnole de Joan Manuel Serrat qui s'intitulait Los macarras de la moral et à laquelle j'avais donné le titre de LES MACS DE LA MORALE.

Si je m'en souviens ? Et comment donc ! Comment, Marco Valdo M.I., mon ami, peux-tu en douter un seul instant ? J'y avais fait un joli petit commentaire assez acide…

En effet, et c'est précisément de ce commentaire que j'ai tiré une chanson et je l'ai intitulée : « Adresse aux religions et aux religieux ». En fait, je te dois mes plus grands mercis, car finalement, je n’ai pas eu grand-chose à faire. Il m'a suffi de transformer ton commentaire en chanson. Je te rassure, la chanson est au moins aussi anti-religieuse que ce dernier. Pour être précis, j'ajouterais antireligieuse et forcément, athée, rapport à la déclaration universelle des droits .


Voilà qui me plaît…, dit Lucien l'âne en souriant de toutes ses dents et en agitant doucement les oreilles de contentement.


Une différence cependant. Toi, tu situais dans le passé certaines de tes constatations. Je te cite : « On vous a vus quand vous dressiez vos bûchers et rôtissiez toute une humanité, on vous a entendus quand vous prêchiez la croisade et quand depuis des temps immémoriaux, vous appeliez aux meurtres… On vous a connus bénissant les bannières, les chevaux et les canons. »
Je les ai mises au présent ; la chose s'imposait d'elle-même.

Très juste et laisse-moi te dire, à mon tour, combien je suis ravi que tu aies tiré ce commentaire de l'oubli et par voie de conséquence, la très vigoureuse chanson de Joan Manuel Serrat.



C'est là un de ces rebondissements dont les Chansons contre la Guerre sont coutumières. Et c'est une très belle chose, vois-tu, car avant qu'elle ne me revienne en mémoire par je en sais plus quel hasard, j'avais une fois encore oublié que j'en avais fait une version française. Mais je l'ai aisément reconnue… Maintenant, je me demande, Lucien l'âne mon ami, ce que penserait le père Hugo de notre quasi-détournement d'un discours (fameux) d'un de ses plus célèbres personnages. Et je me demande comment il est revenu à ta mémoire d'âne (si tant est…) quand tu fis ce commentaire, dont je maintiens qu'il est splendide.



Que vient faire le père Hugo ici ? Je m'en vais te le dire… Mais exactement, et peut-être moins nettement chez moi que chez Gastibelza de Tonton Georges ou la Légende de la Nonne , le père Hugo vient jouer à plein son rôle de grand aîné de toute la lyrique française. M'est avis d'ailleurs qu'on le néglige plus qu'il ne faut, car on n'ose plus l'affronter. Cela dit le passage auquel on peut relier mon exorde se trouve au Troisième acte, scène deux de Ruy Blas. Le voici :



« Bon appétit, messieurs ! – 

Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure,
L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure !
Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe ! »


Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde mangé par les mythes, rongé par les religions, trompé par les religieux, abusé par les Dieux Uniques et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Ô grands moralisateurs !
Ô pères la pudeur !
Ô prêcheurs immenses !
Ô célestes puissances !
Ô mères éternelles !
Ô Dieux uniques !
Rentrez sous la terre !
Retournez à vos enfers !

L'homme est trop crédule
Qui ne cesse de croire.
L'homme est ridicule
Qui gobe vos histoires,
Vos exordes, vos homélies,
Vos exhortations, vos litanies,
Vos préceptes et vos fables.
Votre suffisance est incommensurable.

On vous voit quand vous rôtissez l'humanité,
Vous dressez vos bûchers,
Vos gibets, vos pals, vos potences,
Vos roues, vos engins à souffrance.
On vous entend quand vous prêchez la croisade,
Quand vous en appelez à la Bible, au Coran,
À l'élimination des infidèles,
Au massacre des mécréants.

On vous reconnaît à vos bannières,
Vos drapeaux, vos canons,
Vos assassins, vos oraisons,
Votre goût morbide pour la prière.
Vous mettez du Dieu dans toutes vos sauces,
Vous l'engagez dans tous les camps,
Vous vendez le paradis, les vierges et l'indulgence.
L'homme en vous est mort impotent.

Retournez à vos enfers !
Rentrez sous la terre !
Ô Dieux uniques !
Ô mères éternelles !
Ô célestes puissances !
Ô prêcheurs immenses !
Ô pères la pudeur !
Ô grands moralisateurs !


jeudi 15 octobre 2015

GIORDANO BRUNO, TU CONNAIS LE PRIX À PAYER


GIORDANO BRUNO, TU CONNAIS LE PRIX À PAYER

Version française – GIORDANO BRUNO, TU CONNAIS LE PRIX À PAYER – Marco Valdo M.I. – 2012
à partir de la version italienne « GIORDANO BRUNO, TU CHE SAI QUALE PREZZO UNO PUO’ DOVER PAGARE » de Riccardo venturi
d'une chanson suédoise – Giordano Bruno, du som vet vilket pris den kan få betala av – Jan Hammarlund – 2002



Giordano Bruno, tu attends que le Pape fasse repentance
Hérétique, tu attends depuis quatre cents ans




Une chanson qui n'est pas spécifiquement contre la « guerre », (quoique si on la regarde du point de vue de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour mieux et plus les exploiter, y compris dans leur santé..., dit Lucien l'âne), qui parle cependant d'une chose qui lui est tout à fait assimilable : l'expérimentation génétique aux frais des pauvres du monde, qui servent de cobayes. Une expérimentation qui pourrait sauver le vie, qui est utilisée exclusivement pour le bien-être et la santé des pays riches, « ceux qui ont les armes, la technique et l'argent... »... Il ne nous irait pas de mettre des arguments pareils dans les « Extras ». C'est un sujet qui est bien à sa place dans les Chansons contre la Guerre.[R.V.]




Ton bûcher sur le Campo dei Fiori et tes cendres dans le Tibre
Punitions pour ta volonté de savoir et pour interdire ce que tu pensais

La terreur immobile comme une cicatrice reste
En nous qui devons prendre position et définir une morale humaine
Mais les portes un temps fermées aux vues entre les grilles de la vie
S'ouvrent d'un coup à notre désarroi face à ceux qui détiennent les armes et le capital

En Papouasie, en Nouvelle-Guinée, à Panama et à Nairobi
Où on cherche des gênes qui peuvent peut-être sauver le vie,
Ceux qui tiennent les clés et le pouvoir, ceux qui ont la technique et l'argent,
Un Guayani non soigné pourrait avoir un gêne de quelque rendement

Nous cherchons à tâtons les valeurs humaines dans un monde où tout se vend
L'argent se multiplie sur la souffrance, ils font des brevets sur l'origine de la vie,
Tout ce qui peut assurer le bien-être du monde riche
Est secrètement confisqué dans le sud à des patients privés de moyens.

Giordano Bruno, tu sais...
Le temps perdu par nous sur la terre, les possibles perdus
Nos pas lents vers la lumière et les réactions des forces obscures
Quand la superstition prend les armes et ouvre la voie à la cupidité
Alors c'est le moment d'examiner le contenu de leur société

Giordano Bruno, tu attends que le Pape fasse repentance
Hérétique, tu attends depuis quatre cents ans
L'esprit et la science, l'éthique et la technique, d'une certaine manière
Peuvent s'harmoniser dans un monde que nous attendons encore.

mercredi 14 octobre 2015

Ode au Pape


Ode au Pape

Chanson française – Ode au Pape – Marco Valdo M.I. – 2015





Un Pape





Quoi ? Quoi ? Voilà-t-il pas que tu te mets à écrire des odes à présent et au Pape de surcroît ? En voilà une idée étrange… Tu aurais pu choisir une autre tête de Turc… Mais, tu m'étonneras toujours…


Mais enfin, Lucien l'âne mon ami, il n'y a rien d'extraordinaire à écrire des odes ; ça fait bien longtemps qu'on en compose. Et puis, j'en ai déjà écrit des odes. Certes, j'en conviens, l'ode est un genre poétique un peu solennel et un peu désuet. Il est d'ailleurs régi par certaines règles que je ne suis pas vraiment sûr de respecter. J'aurais aussi bien pu intituler cette chanson Oraison au Pape. Cependant, tu connais mon goût pour la parodie, genre quelque peu ironique. Cette ode-ci, note-le, est une parodie de cette Ode à Kesselring, version française (que je fis) du très beau texte de Piero Calamandrei : Lo avrai... que l'écrivain toscan adressait au Generalfeldmarschall ad ignominia – afin de marquer de la honte ce criminel nazi.


Dois-je comprendre qu'il y a là comme un lien, comme une liaison, une sorte de correspondance, comme un soupçon d'ironie… Ce serait sacrilège et il fut un temps où un tel rapprochement, même fortuit, aurait valu les pires ennuis à celui qui l'aurait effectué.


Je le sais bien. D'ailleurs, le poème de Calamandrei fut très critiqué par les Stahlhelm et les anciens de l'armée hitlérienne. Mais, Lucien l’âne mon ami, c'est précisément face à la résurgence d'une telle domination que j'ai évoqué ce monument. Je te le dis en toute confidence, il ne faut pas s'y tromper, de tous les côtés qu'on se tourne, les religieux et les religions nous assaillent et manœuvrent à conquérir ou reconquérir le monde et à embrigader les humains. Et nous, nous deux et d'autres, nous nous refusons à subir pareilles manipulations. Alors, avec ce petit texte, je nous replace dans la lignée de Valdo et de sa Fraternité des Pauvres, de Marguerite et de Dolcino, de Jean Meslier, de Voltaire…


Oui, « Noï, non siamo cristiani, siamo somari ». Et pour étendre le propos hors des murs de l'urbs, je te rappelle qu'ailleurs dans le monde, des hommes en massacrent d'autres au nom de Dieu et souvent, ils ajoutent : « le seul Dieu ». Tonton Georges disait à propos des idées  :
« Des idées réclamant le fameux sacrifice
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices
Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles ? » et il en va de même de Dieu :
« Un seul Dieu, c'est bien beau, mais lequel ? »


Bof ! In fine, peu importe. Ce qui compte vraiment, c'est que les sectaires de tous poils laissent les femmes et les hommes (les enfants, les vieillards, les filles, les garçons, les hétérosexuels, les homosexuels et les pas sexuels du tout…) vivre sans jamais interférer dans leur quotidien. Et pour ce qui est de Dieu (lequel, en effet?) qu'il retourne à son néant dont on n'aurait jamais dû le sortir.


Mais n'est-ce pas là un combat contre des moulins à vent du passé depuis longtemps sans ailes.


Comme j'aimerais que tu aies raison sur ce point, Lucien l'âne mon ami, toi qui les connais si bien ces moulins, toi qui les as vus de très près ces moulins de Don Quichotte, du temps où tu véhiculais Sancho Panza sur ton dos. Malheureusement aujourd'hui, dans ce monde, on tue les athées car ils sont athées ; dans ce monde aujourd’hui, on voit refleurir les étranges fleurs des bûchers. Et ici, en Europe, au nom d'une soi-disant tradition venue d'ailleurs, de racines exotiques, on veut museler la libre parole, la libre pensée, la libre conscience. On veut soumettre l'individu et sa liberté aux diktats de livres abscons. J'entends certains inspirés réclamer que l'on réinstitue le délit de blasphème, qu'on punisse les mécréants… qu'on abroge les lois qui protègent la liberté humaine . Ces illuminés réclament qu'on aille comme s'en vont les écrevisses, à reculons, à reculons. Voilà le pourquoi de cette chanson et comme tu l'entends, elle ne vise pas seulement le doucereux personnage romain.


Je le comprends bien, Marco Valdo M.I. mon ami et « qui se sent rogneux qu'il se gratte » ou en picard : « Si i s'sint ronieuw, i n'a qu'à s'gratter ». Enfin, car il faut bien en finir, je ne peux qu'approuver pareille démarche libertaire. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul (en italien, il sudario – du latin : sudarium) de ce vieux monde insinuateur, doucereux, prédicateur, incendiaire, assassin et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




Tu l'auras,
Pape de Rome,
Le monument que tu exiges de nous autres humains,
Mais avec quelles mains,
Mais avec quels hommes,
Mais avec quelles pierres on le construira,
C'est à nous de le décider.

Pas avec les pierres enfumées
Des villages ravagés par les croisades,
Pas avec la terre des cimetières
Où les mécréants jeunes encore
Furent rejetés au dehors,
Pas avec la neige inviolée des montagnes
Où Marguerite et Dolcino vous défièrent,
Pas avec le printemps de la pensée qui nous vit grandir.

Mais seulement avec le silence des torturés,
Plus dur que tous vos bûchers,
Mais seulement avec les bras des mécréants,
Hommes sages et indépendants,
Volontairement engagés
Pour la dignité et pour la raison
Et décidés à effacer
La honte et la soumission.

Si tu voulais un jour dominer le monde,
Tu nous trouveras partout à la ronde,
Morts et vivants avec le même engagement
Libres autour du monument
À la liberté et l'amour
Qui clame avec confiance :
Maintenant et toujours,
Résistance !