jeudi 17 décembre 2015

Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection

Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection


Chanson française – Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 16

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – I, LVIII)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :
Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.
Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

Ne pleure pas, aubergiste, je vais le ressusciter.
Debout ! Hop ! Et le cabot s’est levé.



Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la seizième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les quinze premières étaient, je te le rappelle :

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)
02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)
03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)
04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)
05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)
06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)
07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)
08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)
09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)
10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)
11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)
13Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)
14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)
15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)



Lucien l’âne mon ami, voici un épisode un peu étrange des aventures de Till, car il se situe à la lisère des contes où intervient le merveilleux, des histoires d’amour et des facéties de ce Till d’Allemagne qui mourut de la peste vers 1350 et dont l’histoire, moult fois remaniée déjà, parut du temps de François Ier. À l’origine, c’étaient bien des historiettes d’un Till joyeux godelureau vivant de ruses et de niches.


Tout cela est bien beau, Marco Valdo M.I. mon ami, mais de quoi s’agit-il ? Je vois au titre qu’il s’agit d’une lamentation, d’une mule et d’une résurrection, ce qui d’un point de vue religieux n’est pas une mince affaire.


Reprenons du début. C’est bien une lamentation : celle de Nelle…


Et on la comprend, dit l’âne Lucien. Le temps est bien long, les jours toujours s’encourent pour qui espère un retour.


Till est parti depuis plus de trois ans. C’est long, vois-tu Lucien l'âne mon ami, quand on n’a pas encore vingt ans.


En effet. Et je vois que la chanson dit : « Nelle est triste et lasse et souffre fort de vivre. » À cet âge, face à l’absence, on est mal armé.


L’adolescence est un moment où bouillonnent émotions et sentiments. Un moment de grande poésie. Donc, Lucien l’âne mon ami, regarde la construction de la canzone. C’est comme dans un film. Nelle pense à Till et puis, la chanson montre Till en action. Cependant, cette façon de faire n’est pas une innovation cinématographique. On la trouve dans les contes orientaux…

Et pas seulement ; elle est déjà présente dans le roman qui m’a vu naître dans le monde en tant qu’âne. Mais, je t’en prie, Marco Valdo M.I. mon ami, dis-moi ce qu’il en est de la mule et de la résurrection.


Oh, Lucien l’âne mon ami, ne te monte pas le bourrichon à l’idée de baiser la mule. Cette mule du Pape n’est pas celle de Daudet, elle n’a rien de commun avec la bourrique, le bourricot et toute la famille des asiniens. Cette mule-là, c’est la pantoufle papale, la Sainte Pantoufle que tout bon catholique se devait de baiser de ses lèvres ; je ne sais trop si c’est encore le cas. Et à vrai dire, je ne m’en soucie pas.


Halte-là ! Je ne me laisse plus prendre aux ruses des mules, moi non plus. J’en ai vu d’autres. Toutefois, je te rassure, je n’ai pas cru un instant que Till puisse trouver son content dans pareille circonstance. Passons. Quid enfin de la résurrection ?


Il me faut d’abord pour appuyer mon propos rappeler combien cette histoire de Till est emplie d’ironie, de causticité acide et que sa vocation première est de moquer la religion et l’Église. J’ajoute que ce serait du pareil au même s’il était question d’une autre religion ou d’une autre Église. Cela posé, après avoir blagué la mule du pape et le Pape lui-même, la chanson se délecte d’une résurrection. Car nul ne pourrait ne pas s’apercevoir que faire renaître le chien de l’aubergiste après avoir purgé celui du Pape, c’est présenter un point de vue particulier sur l’événement fondateur de la chrétienté, une manière innovante d’évoquer ces moments bibliques : la résurrection de Lazare et bien entendu, celle du Christ. Dans le roman, Till dévoile le mécanisme de la supercherie, ce que la canzone ne fait pas.


À présent que tu as tout dévoilé ou presque, voyons cette chanson, puis reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde superstitieux, croyant, crédule et cacochyme.

Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



La troisième année du ban
S’est écoulée depuis longtemps
Nelle espère toujours son ami
Mais où reste le printemps épanoui ?

Nelle est triste et lasse et souffre fort de vivre.
Till ! Oh Till ! Comme un oiseau ivre,
Tu t’en allas ! sans moi, sans moi, déjà tantôt.
Mon cœur pleure, où es-tu mon beau matelot ?

Till s’en vient pourtant, au gré des détours.
Till approche, Nelle compte les jours.
D’où viens-tu voyageur ?, dit la vieille.
J’arrive de Rome, la ville des merveilles.

J’y guéris d’une pituite et de la colique
Le chien du Pape, ce grand maître catholique.
Que veux-tu ?, dit le camérier archisecret.
Baiser la mule et soigner le basset.

Et le Pape dit : Ah, c’est toi, Till !
Baise mon fils la mule d’or.
Mon chien, mangeur d’hérétiques, doit vivre encor.
Et le Pape dit : Ainsi soit-il !

Tu as baisé la mule, tu as purgé le chien.
Que veux-tu, glorieux pèlerin ?
Je viens de Rome et j’ai grand faim.
Pour payer mon écot, je sauverai ton carlin.

Las, la malheureuse bête meurt subitement.
Pauvre chiennet, dit la veuve, c’était mon enfant.
Ne pleure pas, aubergiste, je vais le ressusciter.
Debout ! Hop ! Et le cabot s’est levé.

Miracle ! Maintenant, dame, il te faut payer,
Dit Till. Le repas, merci bien, je l’ai mangé.
Pour la résurrection, c’est vingt florins ;
J’en ai grand besoin pour continuer mon chemin.

La gargotière émue aux larmes
Bénit son étrange visiteur.
Nelle, le cœur en alarme,
Espère le printemps et la venue des fleurs.

Quand se lève le matin,
Till reprend sa route.
Sans se soucier du destin.
Till s’en va sans doute.

dimanche 6 décembre 2015

Jef, l'âne du diable

Jef, l'âne du diable


Chanson française – Jef, l'âne du diable – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 14

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – I, LIV)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :
Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.
Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.



Les sergents déjà l’avaient encerclé
L'âne rua, braya ; tous dans l'effroi,
Reculaient pétrifiés.



Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la quatorzième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les onze premières étaient, je te le rappelle :

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)
02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)
03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)
04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)
05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)
06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)
07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)
08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)
09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)
10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)
11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)
13. Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)

Cette fois, Lucien l'âne mon ami, c'est un grand moment que raconte la chanson. Celui de la rencontre de Till et de l'âne Jef, qui deviendra son ami. Till aura ainsi un interlocuteur, en quelque manière, personnel. D'expérience et c'est tout à ton honneur, je peux dire qu'un tel compagnonnage est précieux.

Je n'en doute pas un seul instant, dit Lucien l'âne en riant. Un âne est toujours un compagnon très précieux.

Et la chanson en rend compte, après l'auteur d'Ulenspiegel lui-même. Il suffit de voir comme l'âne est introduit, comme je le dirais si je parlais le charabia contemporain, car en franglais, on dit : « Puis-je vous introduire Madame Machin ? Ou Mesdames, Messieurs, je vais vous introduire Monsieur Truc. » Je t'assure tout de suite que personnellement, je ne vois pas d'un bon œil que l'on m'introduise Madame Chose ou Monsieur Untel et je n'ose imaginer où.

Moi non plus. Comme toi, je n'aimerais pas qu'on m'introduise qui que ce soit, ni quoi que ce soit… Encore que si j'ai bien entendu, il n'est pas question, dans cette phrase bâtarde, d'introduire dans l'âne… Mais d'introduire l'âne. Ce qui n'est pas moins curieux ; qui voudrait qu'on lui introduise un âne, tout entier ? Car la chose là aussi n'est pas claire. Pour ce qui est des ânesses, je m'introduirai bien tout seul.

Je l'imagine et je l'espère. Mais revenons au texte de la canzone. Donc, je disais avant qu'on ne s'égare un instant, je disais : il suffit de voir comment l'âne est présenté, avec toute la solennité d'une statue de procession ; c’est un âne de cortège, un âne de prestige comparable et comparé à la Vierge elle-même lors de sa grande sortie annuelle du 15 août. C'est un âne de fête. J'aimerais bien te voir ainsi déambuler couvert de « flocquarts, pendilloches et de clous ».

Là, il faut que tu m'expliques, car ce français-là m'échappe un peu. Que sont-ce ces flocquarts et pendilloches ? Que viennent faire là des clous ? J'ai eu beau consulter mes meilleurs dictionnaires, mais aucun n'en parle.


Et ils ont tort et tu as raison.Aucun n'en parle et pourtant, ce sont de beaux mots et qui existent dans la littérature française. Je t'en garantis la présence chez au moins un grand écrivain de langue française du dix-neuvième siècle, le père d'Ulenspiegel, notre Virgile : j'ai nommé Charles De Coster.

Soit, mais cela ne m'explique pas ce que sont les drôles de choses, ces pendillards et ces flocquets.

Eh bien, Lucien l'âne mon ami, comme disent les enfants qui jouent, tu brûles. Tu t'approches fort du sens de ces mots. Mais, laisse-moi conduire la danse. Comme toi, j'ai été surpris de trouver pareils mots, quoique j'en subodorais le sens. Alors, je me suis plongé, comme toi, dans les dictionnaires, pour confirmation de mon sentiment. Posons a priori qu'il devrait s'agir de machins qui floquent et d'autres objets qui pendouillent.


C'est comme l'eau de la Meuse, dit Lucien l'âne tout réjoui.

Si le mot flocquart n'existe pas dans les dictionnaires, c'est qu'on ne l'y a pas mis. La faute en est aux dictionnaires ; ça ne l’empêche pas d'exister et d'être connu sous d'autres formes. Comme bien des mots anciens, il est sans doute une variante d'une forme plus communément usitée par la suite. Je te rappelle que le récit se situe vers 1525-1550 et dans la partie nord de la France. J'ai trouvé la variante auvergnate « floquet » dans le Gaspard des montagnes d'Henri Pourrat, que je te cite : « Leurs chevaux, tous harnachés de même, à grelots et à floquets de laine bleue ». Cette phrase presque identique à celle de l'Ulenspiegel (lequel est bien antérieur) explique nos deux mots. On aura donc : floquet ou flocquart : petite touffe de laine » qui décore le tissu ; pendilloches ( à rapprocher de cloches, mailloches, veilloche, vailloche …) ou grelots : clochettes qui pendillent ou pendent sur un vêtement, une parure. Quant aux clous, dont je vois qu'ils t'inquiètent, ils sont de cuivre doré et ornent le harnachement de cuir.

Merci Beaucoup, dit Lucien Lane. Je n'en demandais pas tant. J'aimerais quand même connaître l'histoire que raconte cette canzone. 

Comme tu viens de le voir, Till rencontre un âne. Autour de cet âne, il y a un attroupement de vieilles femmes et de sergents, qui sont des soldats de ville ou de policiers ; mais l'âne ne se laisse pas approcher. Il rue, il brait, il se fâche. On dirait un démon. Il est d'ailleurs, médisent les vieilles, l'âne de Gilles, le tueur d'enfants. Ce Gilles, je te le confie, ne serait dès lors autre que Gilles de Rais, seigneur breton à qui des jaloux et des extorqueurs dirent une sinistre mémoire pour le dépouiller, aidés en cela par l'Église, le roi et les bien-pensants qui ne supportaient pas le franc-parler et la franche conduite de GillesPour cela, ils l'ont accusé de rébellion (refus de s'incliner), de pacte avec le diable (magie, sorcellerie…) et d'actes contre nature (sodomie…). Bref, les accusations classiques contre ceux qui ne voulaient pas se soumettre ou contre ceux dont on voulait se débarrasser. Cependant, Till va en quelque sorte amadouer cet âne soi-disant démoniaque, le baptiser Jef (diminutif de Joseph) et s'en aller avec lui aux nez et aux barbes des vieilles et de la maréchaussée. Une histoire à la Brassens. Je te laisse découvrir le reste et la façon dont Till console Jef des piqûres de taon.

Avant de conclure, je dois dire que je suis très heureux que Till ait donné un si joli nom à l'âne et qu'il me plaît également qu'il entame une aussi jolie conversation consolante, à la manière de Jacques Brel, qui chantait : « Viens Jef, t'es pas tout seul ! », une chanson qui vous prend au ventre. Concluons quand même et reprenons notre tâche qui tient en ceci que nous tisserons le linceul du vieux monde, de ce vieux monde superstitieux, cancanier, médisant, stupide, avide et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Till vagabondait par voies et sentiers ;
Sur sa route se tenait un âne enharnaché,
Paré comme une madone au quinze août
De flocquarts, de pendilloches et de clous.

Des vieilles se dandinaient autour de lui,
Parlant toutes à la fois, faisant grand bruit.
C'est l'âne de Gilles, le tueur d'enfants,
Le diable le protège, c'est une âme de Satan.

Interloqué, l’âne se tenait coi.
Les sergents déjà l’avaient encerclé
L'âne rua, braya ; tous dans l'effroi,
Reculaient pétrifiés.

C'était un braire de démon ;
On le laissa brouter le chardon.
Et les poules caquetaient et les pies jacassaient
Au mouvement de la queue du baudet.

Alors, Till vînt qui le premier, l'âne considéra.
Il lui donna l'avoine et le monta.
Il bénit les vieilles, les sergents et s'en alla tout droit.
À l'âne, Till dit : Jef, je te baptise et mon ami, tu seras.

Viens Jef, tu n'es plus tout seul à trotter
On est deux à présent à tirer la queue du diable
Un peu plus tard, l'âne broutait, broutait, à l'arrêt.
Till dit : « Moi aussi, j'aimerais me trouver une table ».

Halte, Jef, ne te lamente pas
Tu as comblé ton estomac
N'étaient les taons suceurs
Ce serait le bonheur.

Ainsi, Jef, ne te lamente pas
Chacun a son taon, comme toi,
L'homme à la Sainte Pantoufle et les rois,
Et jusqu'à moi, dont le taon le sang boit.

BLUES DE L’HOMO SAPIENS

BLUES DE L’HOMO SAPIENS

Version française – BLUES DE L’HOMO SAPIENS – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Blues dell’Homo sapiens – Vintage Violence – 2011 
Album: Piccoli intrattenimenti musicaliParoles et musique : Rocco Arienti



Tels sont nos ancêtres et les racines de

l'humaine nation

La petite chanson dont je viens de faire une version française me plaît beaucoup et je pense, elle te ravira. Déjà par son titre : « Blues dell’Homo sapiens ». Car, Lucien l’âne mon ami, l’homme a le blues. Enfin, il l’a depuis que les esclaves noirs d’Amérique l’ont inventé sur ce continent lointain pour exorciser leurs peurs, exprimer leurs douleurs et exhaler leurs nostalgies. Ils chantaient ainsi la mort de leur liberté.

Nous aussi, les ânes, les somari, les bêtes de somme comme ces hommes à la peau foncée venus d’Afrique, nous connaissons la nostalgie et la douleur de la privation de la liberté et de la dignité et nous remâchons cette mauvaise avoine en trottinant le long des chemins.

Sache, mon ami Lucien l’âne, que les bipèdes que nous sommes actuellement sont tous des homo sapiens sapiens, même si « sapiens », ils ne le sont pas beaucoup, à voir le nombre exagéré de massacres qu’ils perpètrent entre eux et parmi les autres espèces. Ils en sont à présent à rendre la planète insalubre à la vie, à détruire la vie organique sur la planète elle-même. Ce qui, comme je te l’ai déjà dit, m’indiffère assez, car mourir seul ou mourir tous ensemble… On finit tous par mourir. D’ailleurs, la planète elle-même connaîtra le même sort.

Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, mais en attendant ?

En attendant, certes… C’est mieux si c’est plaisant.

Juste une dernière question, dit Lucien l’âne en papillotant de ses noires paupières. Je me demande, à voir le schéma de l’évolution de l’homo jusqu’au sapiens, où peuvent bien se trouver ces fameuses racines chrétiennes de l’Europe ?

Eh bien, c’est tout simple. Il n’y en a pas. C’est une marchandise d’importation. On ne saurait considérer comme des racines les effets d’une colonisation tardive. L’humaine nation n’a d’autres racines qu’elle-même et il n’y a pas lieu d’y insérer des intrusions de propagandistes religieux. C’est ce que raconte la canzone :
«  La religion ne nous représente pas.
Pour vivre entre angoisse et confusion, la conscience suffit
Et c’est bien ainsi.
Nous sommes nés ainsi... »

Certes, dit Lucien l’âne en opinant de deux oreilles, l’âne est l’âne et l’homme est l’homme, même quand il revendique une ascendance du côté de Monsieur de Cro Magnon. [[7817]] Cela étant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde enraciné, malade du sida, de la peste porcine, de la grippe aviaire et des religions, théologique, téléologique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



La religion ne nous représente pas.
Pour vivre entre angoisse et confusion, la conscience suffit
Et c’est bien ainsi.
Nous sommes nés ainsi
Et on ne peut s’arrêter à chaque pas.
Dans un kilo de cerveau, on ne se reconnaît pas
Et c’est bien ainsi.
On mourra ainsi :
Civilisés sans l’avoir choisi,
Forcés à mentir, à obéir
Pour mieux nous sentir.
Tous font ainsi.
Il suffit de dire de oui.
Mais on ne peut s’arrêter à chaque pas ;
Dans un kilo de cerveau, on ne se reconnaît pas
Et c’est bien ainsi.
On mourra ainsi.
Vivre entre évolution et révolution,
Âme et corps, sang et utopie
Mais à la fin de tout, on sera surpris,
On n’y aura rien compris
Et on finira en pleurant de nostalgie


TOUJOURS CONTENTS

TOUJOURS CONTENTS



Version française – TOUJOURS CONTENTS – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne - Sempre allegri - Bandabardò – 2004



« Donnez-moi les moulins à vent,
Les clés du couvent,
La solution à tous mes tourments »

Il n’y a pas beaucoup de raisons d’être contents, mais cette chanson me rappelle deux CCG : There But For Fortune [[4]] « la fortune est un fait de géographie » et ensuite il cite (Dario Fo lui-même) Ho visto un re [[1157]], outre la référence, plus ou moins directe à Don Quichotte.


Mais voici, Lucien l’âne mon ami, une canzone qui sans doute, sans aucun doute, sans doute aucun, te plaira. Tu devrais te sentir comme chez toi, car je sais que tu as vécu dans l’ombre de Don Quichotte, toi aussi. Et puis, tu es d’un naturel paisible, subtilement ordonné et plein de joie de vivre. C’est d’ailleurs assez réjouissant pour ceux qui sont, comme moi, amenés à te fréquenter : tu diffuses la joie comme une centrale nucléaire diffuse des radiations.

Hou là, que me chantes-tu là, Marco Valdo M.I. mon ami ? Arrête tout de suite tes dithyrambes, elles sont superfétatoires et nettement excessives. Cela dit, j’aime la joie et je me sens tout guilleret lorsque je fredonne « Y a de la joie » ou dans une interprétation beaucoup plus récente et où l’on entend que la voix a changé, « Y a de la joie » de Monsieur Trenet. Chanson qui, soit dit en passant, est une des plus grandes chansons de paix (et donc contre la guerre) que je connaisse. On devrait l’insérer dans les Chansons contre la guerre…


Sans doute, sans doute… Mais qui le fera ? Ce serait une bonne chose d’autant qu’elle comporte à un degré très élevé ce qui fait la qualité de la chanson de la bande à Bardot… Cet humour, cette ironie décalée, cette vision à côté du monde… Qui laisse pantois le réalisme et casse la monotonie des discours. J’en ai d’ailleurs ajouté un brin – ô rien qu’un petit grain d'ironie onirique – dans ma version française.


Je parie qu’il y a encore de la rime là-dessous.


Très juste. La rime me pousse à commettre des incartades et il est juste aussi que je ne les regrette jamais. Pour la bonne bouche, je vais t’indiquer où j’ai posé mon grain de sel sur la queue de l’oiseau chanteur, en commençant par le texte italien et puis, en jouxtant la version française…
« sempre allegri bisogna stare
che il nostro piangere fa male al re
fa male al ricco e al cardinale
diventan tristi se noi piangiam. »
et voici ce que c’est devenu :
« Il faut être toujours content
Car nos pleurs font mal aux dents,
Font mal au roi, au cardinal et au riche.
Quand nous pleurons, ils sont tristes. »

En effet, je trouve que ce mal aux dents pose comme une distance, un geste d’Arlequin, un mot de Guignol… En tous cas, il ne dépare pas.

À bien y songer, elle m’a fait aussi – comme il m’arrive souvent et je m’en suis déjà expliqué – prendre un mot pour un autre ou faire glisser le sens. Cela dit, je te montre de quoi il s’agit – en italien et puis, en français ; ensuite, je m’explique.
« Datemi i mulini a vento
le chiavi del convento
la soluzione a tutti i difetti miei »
et
« Donnez-moi les moulins à vent,
Les clés du couvent,
La solution à tous mes tourments ».
Lors même qu’il aurait fallu traduire « mes défauts » pour « i difetti miei », mais ça ne rimait pas… et puis, une solution à tous les tourments… On ne saurait trouver rien de mieux… C’est bien pour ça que je dis que je fais des versions… À L’ATTAQUE - MIEL ET TABAC - ET VIN NOIR CONTRE L’ACIDITÉ


Alors, arrêtons nos divagations et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce monde triste, ennuyeux, bruyant, rythmé et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Donnez-moi les moulins à vent,
Les clés du couvent,
La solution à tous mes tourments,
C’est la solitude (mais je ne la voudrais pas)…
À l’attaque miel et tabac ! ! ! ! ! ?

Je suis né sur les os cassés
De la part du plus fort
La fortune est un fait de géographie
Je veux une deux chevaux armée d’énergie

À L’ATTAQUE
MIEL ET TABAC
ET VIN NOIR CONTRE L’ACIDITÉ

La danse de l’arrogance
Doit finir et finira vite
Je ne laisserai pas la barre au temps
Je regarde l’horizon chaque instant
Je cherche des solutions et des trucs de magie
Je crois qu’à la fin toujours arrive la cavalerie

À L’ATTAQUE
MIEL ET TABAC
ET VIN NOIR CONTRE L’ACIDITÉ

Sans permission, je crie ! ! !
Sans bruit, personne ne peut entendre.
Donnez-moi les moulins à vent
Les clés du couvent
La solution à tous mes tourments.

Il y a la solitude, pourtant…
Il faut être toujours content
Car nos pleurs font mal aux dents,
Font mal au roi, au cardinal et au riche.
Quand nous pleurons, ils sont tristes.