samedi 26 décembre 2015

Hérétique le Bonhomme

Hérétique le Bonhomme


Chanson française – Hérétique le Bonhomme – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 17

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – I, LXVII)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :
Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.
Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.


Hérétique, hérétique, le bonhomme.
On l’a dénoncé, il doit mourir.



Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la dix-septième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les seize premières étaient, je te le rappelle :

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)
02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)
03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)
04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)
05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)
06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)
07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)
08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)
09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)
10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)
11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)
13. Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)
14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)
15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)
16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection [[51150]] (Ulenspiegel – I, LVIII)


Lors donc, Lucien l’âne mon ami, toi qui aimes que je t’explique d’abord le titre des canzones, il est à présent question d’un bonhomme, d’un hérétique. L’hérétique est quelqu’un qui fait l’objet d’une vindicte particulière de la part d’une église ou d’une religion ; en pratique, est hérétique toute personne qui dérange une église ou une religion ou qui met en cause ses fondements ou son existence. Il est certes toutes sortes d’hérétiques. C’est une production prolifique des religions (sans religion, pas d’hérétique)et dans le cas de la chanson, de la religion catholique. Depuis sa création, elle en a produit quasiment sans interruption de nouveaux modèles, comme l’industrie automobile. Est hérétique, tout qui met en cause le dogme, les pratiques ou le pouvoir de l’Église. Je te prie de considérer que l’Église et sa prétention à l’unicité 
résulte – en définitive – de la nécessité pour l’Empire de disposer d’une religion unique. C’était encore, il t’en souvient sans doute, le projet de Charles-Quint et Philippe le roi, son fils, entendra faire pareil dans son royaume. Ceci pour la première partie du titre de la canzone.

Salut à toi, Marco Valdo M.I., mon ami, j’apprécie en effet beaucoup de t’écouter expliciter les titres, gloser à propos des canzones ou d’autre chose. Donc, pour ce qui est des hérétiques, me voilà servi, du moins pour l’instant, car je pense qu’on y reviendra. Ce qui m’intrigue plus, c’est ce bonhomme, avec majuscule en plus.

Qu’est-ce qu’un Bonhomme, singulièrement quand il s’agit d’hérétiques. Historiquement, on connaît des Bons Hommes et des Bonnes Femmes, suspects d’hérésie. C’étaient les noms que se donnaient les Cathares qui, si tu veux bien t’en souvenir, firent l’objet de la part de l’Église Catholique d’une série de furieuses croisades, de procès inquisitoriaux et de grands massacres jusqu’à leur complète élimination. Ce qui prit plus de trois cents ans. Ce fut une persécution immonde, en tous points semblable à celle dont firent l’objet – à la même époque – les membres de la Fraternité des Pauvres de Lyon, autrement dit les partisans de Valdo et en Italie, les Dolciniens, partisans de Dolcino et de Marguerite. Et l’affaire n’est pas close. Suis bien ceci un instant que ces Bonshommes, ces hérétiques – au-delà des errances théologiques – étaient surtout poursuivi de la vindicte ecclésiastique en ce qu’ils mettaient en cause le plus important pour l’Église (en ce temps-là et aujourd’hui encore) : le pouvoir et son avidité pour les richesses terrestres. En peut-il exister d’autres, d’ailleurs ?

En somme, dit Lucien l’âne en balançant la tête et col, excuse-moi pour cette intervention, c’est toujours là une facette de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux démunis afin de maintenir leur domination sur le monde, de tenir les pauvres en soumission, d’empêcher toute remise en cause réelle de l’état des choses, de promettre tout et n’importe quoi et de ne pas le tenir, le paradis et la rédemption, d’accroître leurs fortunes, de développer l’exploitation des hommes et de la nature et de garantir leurs privilèges.

Bien évidemment et cela perdure à présent. Il s’agit de mener le troupeau et de réduire toutes les voies de la liberté. Venons-en à présent, car cela t’importe aussi, à la canzone et à la suite de l’histoire de Till le Gueux. Cette fois, c’est en quelque sorte un épisode intermédiaire, mais rempli d’enseignements sur la suite des événements, que toutefois, je ne dévoilerai pas trop.

Il te faudra sans doute y revenir, dit Lucien l’âne en se dandinant. Car le futur éclaire le présent comme le présent éclaire le passé.

Car le passé éclaire le présent comme le présent, le futur. N’oublions pas que cette Légende d’Ulenspiegel est déjà écrite (par Charles De Coster, notamment), mais pas entièrement. Pour l’instant, je te le dis, nous avançons à tâtons. C’est ma façon de procéder.

Mais dis-moi quand même quelques choses…

En résumé, c’est la canzone du retour de Till, de l’arrivée du messager, de l’annonce du supplice de Josse (le frère de Claes et donc, l’oncle de Till) et de l’arrestation de Claes pour hérésie. Je disais l’épisode intermédiaire, il faut comprendre central. Le tout bercé par l’intermittente lamentation de Katheline : « Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! ».

Me voilà comblé et il ne me reste plus qu’à écouter la canzone que – beau ménestrel – tu vas me dire et nous reprendrons ensuite le cours de notre tâche en tissant de nos pauvres mains le linceul de ce vieux monde malade du pouvoir, impotent, trompeur, criminel et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Quand roulait la procession du Saint Sang,
Claes attendait Till anxieusement
Sur le pas de la porte, il guignait
L’homme de haute stature qui s’en venait.

L’homme ramassait les carottes
À même la terre et crues, les croquait.
L’homme arriva au coin de la rue, peu après.
Entre chez moi, dit Claes, retire tes bottes.

Bénis ceux qui sont doux à l’errant.
Tu as soif, tu as faim.
Depuis huit jours, je ne mange rien
Que les racines des bois et les carottes des champs.

Apportes-tu des nouvelles, messager ?
Ton frère Josse est mort sur la roue.
Méchant bourreau, mon pauvre frère.
L’homme donne à Claes le fraternel baiser.

Le messager resta sept jours entiers.
Toutes les nuits, il entendait Katheline crier :
« Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! ».
Puis, le Bonhomme dut repartir.

Voici le prévôt et quatre sergents ;
Qui donc viennent-ils chercher ?
Claes se bat pour sa liberté.
Il est innocent, il est innocent.

« Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! »
Qu’a donc fait mon pauvre homme ?
Hérétique, hérétique, le bonhomme.
On l’a dénoncé, il doit mourir.

La male heure a sonné, dit le fermier.
Till affolé se dépêche d’arriver.
Nelle lui dit : « Ne rentre pas chez toi !

Les soldats t’attendent là-bas. »

Épitaphe pour Jean Meslier


22 août 2008

Épitaphe pour Jean Meslier









Épitaphe pour Jean Meslier
par d’Alembert



Ci – gît
Un fort honnête prêtre,
curé de village
en Champagne
qui,
en mourant
A demandé pardon à Dieu

d’avoir été Chrétien
et qui a prouvé par là que
Quatre-vint-dix neuf Moutons
et un Champenois
ne font pas cent bêtes.




lundi 21 décembre 2015

SOCIÉTÉ JE TE HAIS !

SOCIÉTÉ JE TE HAIS !

Version française – SOCIÉTÉ JE TE HAIS ! – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Società io ti odio – Alessio Lega – vers 1990.
Texte dAlessio Lega
Lib
rement inspiré de:
Société tu m’auras pas d
e Renaud




Je hurle ma rage et sais que j’exaspère
Comme la puce folle sur le cou de la panthère.
Mais il me reste la colère seulement
À vomir dans le cou des gens.





Déposée aux Archives Prolétariennes Internationales de Milan, fondées et tenues par Santo Catanuto, Société je te hais doit probablement sa survie au Canto anarchico in Italia Chant anarchiste en Italie du même Catanuto et de Franco Schirone, où elle a été insérée dans l’édition de 2009 à la page 353. Ce doit être une des premières chansons écrites par le très jeune Alessio Lega, inspirée d’une célèbre chanson d’un autre qui était très jeune en 1974, Renaud. Mais si pour Renaud la « société ne l’aurait pas eu », Alessio Lega âgé de vingt ans ou un peu plus déclarait même tout sa haine à la société elle-même.

Si, sûrement, il ne nous est pas donné 
de savoir quels et combien de dommages Alessio procuré à « Caritas », ce qui peut-être est à regretter un peu est que cette chanson primordiale dans sa production n’en ait pas provoqués en tant que chanson en soi, perdue qu’elle est dans un volume et absolument inconnue au grand Réseau jusqu’aujourd’hui. Nous cherchons donc à remédier, aussi parce que – disons-le franchement – on ressent beaucoup le manque de fiers « détestateurs » de la Société, de ses ordres constitués et de ses composants « spirituels ». [RV] 

On ne peut pactiser avec ta violence,
Il y a quelque chose de pourri dans ton existence
Et je ne m’accorderai jamais avec ce que tu as fait,
Carcela dit entre nous, société, je te hais.
Il n’y a pas moyen de s’entendre entre nous ;
Quand je hurle ma douleur, tu me traites de fou.
Ce contrat entre nous, je ne l’ai jamais signé
Et jusqu’à mon dernier souffle, société je te haïrai.

Tu aimes les uniformes : les tenues, les costumes ;
Si dessous, il y a un fauve, tu ne vas pas y voir.
Je hais ton soldat, je hais ton gendarme ;
J’aimerais le voir pendre aux drapeaux noirs !
Je suis sanguinaire ! Je suis imparfait !
Mais lui se croit viril… et ce n’est même pas un homme !
Société… je te hais !

Tu te débarrasses en vitesse de celui qui te rejette ;
À le cataloguer « clochard » ou « drogué », tu es toujours prête.
Puis quand sous ta « civilisation », tu les as écrasés ?
Tu donnes le coup de grâce de ta pitié,
Société, je te hais !
Et préviens tes bonnes sœurs et préviens tes curés,
Car ce seront les premiers à être égorgés !
Nous rendrons ainsi la « charité chrétienne »
Eux « fils de dieu », nous « fils de pute ! »
Société, je te hais !

Ne nous dites pas que « famille et travail » sont pour l’homme,
Ni ce vide dédain qu’on appelle« décorum ».
Nous ne voulons pas de maîtres, nous ne voulons pas de prophète ;
Nous fracasserons au sol toutes vos comètes
Et votre asphyxiant secours qu’on dégueule,
Nous vous le rabattrons sur la gueule.
Société, je te hais !

Je ne cherche pas mes barreaux, je ne veux pas vivre en travaillant ;
Les cages sont des cages, même les cages d’or !
Vous exploitez mon esprit, vous exploitez mon corps,
Mais si je ne sers plus,
Mais si je ne sers plus… vous débranchez le courant
Société, je te hais !
Si je trouve encore des paroles qu’elles soient dures et sourdes ;
Si vraiment je dois claquer, je sauterai sur les cordes
Pour trouver ma voix, avoir l’illusion
De pouvoir vous renverser d’une chanson.
Société, je te hais !

Je hurle ma rage et sais que j’exaspère
Comme la puce folle sur le cou de la panthère.
Mais il me reste la colère seulement
À vomir dans le cou des gens.
Pour aller au-delà de la mascarade
De la « société », chercher ce que nous sommes :
Amis… frères… camarades,
Je vous aime !




GIORDANO BRUNO

GIORDANO BRUNO


Version française – GIORDANO BRUNO – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne (Laziale romanesco) – Giordano Bruno – Stefano Rosso – 2007 


l’inauguration (1889) et le Campo dei Fiori empli d'athées, libres-penseurs, laïques et de plus de cent bannières de francs-maçons flottant au vent


Sur un sympathique fond musical, Stefano nous narre la triste fin du moine dominicain, qui fut condamné au bûcher parce qu’il soutenait que la terre tournait, chose impensable pour l’époque.

Il me semble voir notre Stefano, qui à la conclusion du sonnet, rit sous cape et nous dispense un des conseils les plus sages et anciens du monde : "Si nun te voi scottà e fatte la bua te devi fa sempre li cazzi tua!". « Si vous voulez que personne ne vous brûle et ne vous fasse des misères
Occupez-vous de vos affaires ! ».


L’ami Lucien l’âne, je m’en vais te présenter la version française que je viens de terminer d’une chanson italienne bien amusante. Elle raconte – à sa façon – l’histoire d’un brave garçon qu’un Pape délirant fit cuire en place publique, car il en savait trop. Ce savant impudent s’appelait Giordano Bruno (https://fr.wikipedia.org/wiki/Giordano_Bruno) ; on le nomme aussi Il Nolano, du fait qu’il était né à Nola, près de Naples au temps de Till le Gueux [[51150]]. Je te rappelle en quelques mots pour bien situer la suite que Giordano Bruno était un moine dominicain, ceux qui firent les croisades contre les Occitans, les Cathares et les Vaudois et instruisirent l’Inquisition. C'était un moine dominicain qui apostasia et se défroqua ne supportant plus de vivre dans la suffocation mentale et il se mit alors avec une passion tenace à explorer les territoires du savoir et ceux qu’il fallait encore éclairer.


Bref, il était parti dans la vie sur de mauvaises bases et me dis-tu, cette hyène féroce se défit de ses crocs et de ses laides pensées et rejetant la superstition se mit en quête des vérités de la nature.


C’est bien ainsi qu’on pourrait dire la chose. Mais ces bonnes dispositions lui valurent une exécution capitale. On le carbonisa vif en un lieu connu encore sous le nom de Campo dei FiorI. Je note au passage que c'est la seule place de Rome où il n’y a pas d’église. Sache, mon ami Lucien l’âne, que la statue de ce Nolano, ce Giordano Bruno méchamment exécuté sur ce Campo dei Fiori, est finalement la plus belle fleur de ce champ ; sache aussi que ce monument est l’œuvre du sculpteur et grand architecte Ettore Ferrari, qui le fit ériger le 9 juin 1889. Ce ne fut pas sans mal, même si Ettore Ferrari le fit gratuitement – ceci vaut la peine d’être dit. Toutefois, si c’était son œuvre et sa volonté, il ne put aboutir tout seul. Nombreux furent ceux qui l’aidèrent dans cette noble tâche de mémoire, au travers notamment d’une souscription internationale à laquelle souscrivirent des donateurs inconnus et des gens célèbres. Giordano Bruno n’était pas oublié. Cependant, l’intervention d’Ettore Ferrari comportait un autre message, elle signifiait autre chose encore.


Ah ?, dit Lucien l’âne intrigué, levant les oreilles en points d’interrogation.


On le vit lors de l’inauguration du monument quand le Campo dei Fiori fut empli de manifestants athées, libres-penseurs, laïques (http://www.uaar.it/sites/default/files/webfm/all/ateo/2005/Ateo-36-2005-1.pdf) et de plus de cent bannières de francs-maçons flottant au vent. Ettore Ferrari sera des années plus tard grand maître du Grand Orient d’Italie – de 1904 à 1917. Donc, Ettore Ferrari n’avait rien d’un religieux et il n’avait pas non plus l’intention de se soumettre à des injonctions papales. Pourtant, le pape de l’époque (peu importe son nom, d’ailleurs ; les papes passent, l’Église reste), s’adressa à l’État italien pour exiger qu’il interdise l’érection de la statue de Giordano Bruno. Ce porteur de tiare menaça même de quitter l’Italie, autrement dit de transporter ailleurs le siège de l’Église Catholique et Apostolique ; ailleurs : hors du territoire italien et donc, du Vatican.


Que ne l’a-t-il fait !, dit Lucien l’âne en riant.


Mais hélas, il se ravisa devant la réponse italienne. On lui fit savoir que s’il quittait l’Italie, il n’y rentrerait plus. Cela dit, cette statue de Giordano Bruno, où chaque année le 17 février, un rassemblement très anticlérical commémore l’assassinat du philosophe, reste en travers de la gorge du Pontife et à mon sens, il faudra encore la défendre contre de nouvelles attaques des cléricaux. On mesure mal la haine qu’une religion porte aux hommes à la pensée libre. Je pense à d’autres hommes qui eurent à subir les foudres religieuses ; par exemple, à ce savant, philosophe, penseur du monde qu’était Averroes, qui subit les attaques des sectateurs du Coran ou cet autre encore, vivant aux Pays-Bas, ostracisé par les rabbins, qui s’appelait Spinoza. Pour ne pas parler des contemporains…


Juste une réflexion un peu ésotérique sans doute, mais très très contemporaine aussi, dit Lucien l’âne d’un air mystérieux. Quand je la regarde, je me demande toujours si cette statue de Giordano Bruno n’a pas inspiré l’apparence de ce Dark Vador, alias Anakin Skywalker, dont la silhouette hante le monde imaginaire futur des étoiles.

GIORDANO BRUNO


Qui sait ? Et en tout cas, la ressemblance est frappante ; elle ressort avec force quand on regarde la statue à contre-jour. À mon sens, on ne peut pas ne pas y penser. Il me reste à développer très courtement le lien que j’entrevois entre le destin de Giordano Bruno et celui des autres penseurs, savants, scientifiques, philosophes, tous ceux qui font profession d’intellectuels (manœuvres ou pas) et la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches et les puissants font aux pauvres afin d’imposer leur domination, d’accroître leur pouvoir, de multiplier leurs richesses, d’étendre l’exploitation, de s’approprier le monde jusque dans ses moindres recoins et de voler la vie des hommes en convertissant l’or du temps en vil plomb de l’argent.


En cela, tu dis vrai, Marco Valdo M.I. mon ami, car contrairement au proverbe, le temps n’est pas de l’argent ; le temps, c’est le flux de la vie. Il nous faut maintenant cesser ce bavardage et reprendre notre tâche qui consiste, comme on le sait fort bien, à tisser le linceul de ce vieux monde mercantile, propagandiste, publicitaire, marqueteur et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




Giordano Bruno, moine dominicain,
Fixait le ciel du soir au matin ;
Il volait une petite heure à la prière
Pour deviner ce qu’il y avait en l’air
Et à force de regarder, qu’est-ce qu’il découvrit ?
Que l’univers était infini.
On sait les prêtres de mauvaise foi ;
Quand tu dis que c’est différent pour toi,
Ils deviennent revêches et hypocrites
Et quand tu dis : « C’est ce que je crois ! »,
Ils te disent que tu blasphèmes
Et tu casses les couilles aux évêques.
Alors, il jeta son froc et s’en alla bien loin
Où il fut considéré comme un grand savant
Lui qui n’était plus dominicain
Et il expliqua les choses aux gens,
Il parla à tous en italien
Qui n’était pas encore cispadan.
Il expliquait que Copernic l’allemand
Voyait tout dans son télescope.
Que si en l’air, on jetait une pierre,
Elle retombait toujours là par terre
Puisque la Terre et ce qui s’y appuie
Du même mouvement doivent tourner.
Les prêtres y décelèrent l’hérésie
Et puis, un Dominicain ? Insensé !
Tous le mettent au pilori
Plus encore, car on sait qu’il fut prêtre
Et un apostat peut apporter beaucoup ennuis.
Les gens peuvent le croire, peut-être ?
Alors, ils organisèrent
Une cabale pour piéger ce grand philosophe.
Entretemps il disait : « Ce n’est pas un dogme, c’est la nature
Qui fait les choses au hasard, la chose est sûre »
Pour qui y réfléchit, c’est du Panthéisme
Et ils taxèrent Bruno d’hérétisme,
De trahison pure l’accusant,
Car il avait juré foi au Vatican.
À celui qui lui dit : « Avez-vous les preuves
Que le monde se meuve ? »
Il répondit : « Si vous êtes myope,
Pourquoi n’achetez-vous pas un télescope ? »
Bruno fut arrêté et condamné
Et on se décida pour le Campo dei Fiori.
Ensuite, on mit Giordano sur le bûcher
Et on entassa les fagots autour de lui ;
Ils mirent le feu à cette vivante tour
Qui connut la fin de l’agneau au four.
On était le dix-sept février mille six-
Cent quand Giordano fut mis au supplice,
Quand au Campo dei Fiori la meilleure fleur
Fut immolée au nom du seigneur
Par les grands chefs de la grande Secte
Qui cuisirent Bruno comme une côtelette.
Il nous reste seulement le monument.
On ne connaît que bien peu de lui ou néant.
Je le sais, car je l’ai demandé à des tas de gens.
Il nous reste seulement cet enseignement :
Si vous voulez que
Personne ne vous brûle
Et ne vous fasse des misères
Occupez-vous de vos affaires !