vendredi 20 novembre 2015

Y CROIRE ?

Y CROIRE ?

Version française – Y CROIRE ? – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Credici – Cristiano De André – 2013
Musique de Fabio Ferraboschi et Cristiano De André
Te
xte de Oliviero Malaspina, Fabio Ferraboschi et Cristiano De André




Y CROIRE ?
le troupeau de brebis ... 
vers les alpages célestes.


Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui pose la question de la croyance et de la croyance à plusieurs niveaux ou en plusieurs pouvoirs qui entendent mener les gens par le bout du nez ou jouer les bergers et conduire le troupeau de brebis humaines vers les alpages célestes.


Encore un de ces sujets difficiles à mettre en chanson…


C’est, en effet, une chanson difficile et de ce fait, difficile à comprendre ; je voyais bien les mots, les phrases, mais le sens m’en échappait. Dès lors, comme tu sais, pour pouvoir la comprendre, il m’a fallu en faire ma propre version française. Ce n’est qu’en passant par ce chemin difficultueux que souvent, j’arrive à percer le sens de chansons généralement chargées de poésie. Ce ne fut pas aisé. Déjà le titre posait problème : il est très amphibologique, à tout le moins. Ainsi, j’ai longtemps tourné autour et ce n’est qu’en finale que je me suis aperçu que le texte de la chanson en italien ne comportait aucune ponctuation, ce qui épaississait encore le mystère. Ainsi, Credici peut être un indicatif : « Tu y crois. » ; un impératif : « Crois-y !  » ou un interrogatif : « Y crois-tu ? », mais peut légitimement être transposé en français par un infinitif : « Y croire. Y croire ! Ou Y croire ? ». Comme tu le verras, j’ai choisi cette forme neutre, qui a le mérite de s’adresser à tous, locuteur ou chanteur, y compris. Cependant, il me restait à définir le sens exact de cet « Y croire ». Et ce n’est qu’après avoir établi un texte en français que j’ai pu m’orienter. C’est du moins le sens de ma version. Pour formuler la chose de façon explicite, je dirais : « Et tu y crois, toi ? » ou « Faut-il y croire ? ».


Je vais t’aider… Moi, je dirais : « Peux-tu y croire ? » ou « Peut-on y croire ? » à ces gens, à ces puissants… Et là, si l’on songe un instant que ce pourrait, tous comptes faits, bien être un épisode de La Guerre de Cent Mille Ans, que les riches et les puissants font aux pauvres afin de multiplier leurs richesses, d’accroître leur pouvoir, de renforcer leur domination, d’asseoir sur des bases plus fermes l’exploitation, alors, la chanson devient lumineuse.


C’est bien ce que j’ai pensé en faisant le choix d' « Y Croire » et ce que j’ai découvert en l’ayant fait. Le reste est licence poétique.


Fort bien. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde encombré de puissants, perverti par l’Église, étouffé par les médias et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Qui a cru
Aux mensonges des bouches aliénées aux monnaies,
Aux mots d’un pouvoir qui s’incline aussitôt face à un plus rapace,
Qui en trente ans de sous-culture médiatique entre canaux et cannaies ;
À ces langues avides des marchés
Qui pour leurs frasques
Ont vendu le Pays au pire Moyen-Âge
À moins que ce ne soit encore préhistoire
Ce parler sans écouter et ne pas avoir de mémoire…

Y croire ? Y croire ?
Les nouveaux chefs ont des faces toujours plus dures.
Tous habillés de noir métallisé comme leurs voitures.

Y croire ?
Qu’ainsi le rouge est moins rouge et le noir toujours plus noir.
Ne la sens-tu pas cette décadence ? Cette odeur de Bas-Empire ?

Espérons qu’ils soient bannis de l’histoire
Sans une page, une ligne et sans mémoire.

Et maintenant que vous avez mis à genoux ces braves gens,
Des ouvriers, des paysans des pêcheurs qui de toujours ont cherché à vous donner le meilleur mais jamais considérés en rien

Et où toi chère mère Église, maintenant de toutes la plus enceinte,
Toi qui, avec ta CEI, ton IOR, ton Opus Dei,
Nous montre comment tu es à la sainte messe de ta caste,
Ton Christ te récompensera de sa compassion immense.

Y croire ? Y croire ?

Les nouveaux chefs semblent tous des Al Capone
Tous vêtus du même costume rayé,
Et avec l’armée des sauveurs
Sortent des banques, entrent dans les ministères.

Y croire ?

Qu’ainsi le rouge est moins rouge et le noir toujours plus noir.
Ne la sens-tu pas cette décadence ? Cette odeur de Bas-Empire ?


Espérons qu’ils soient bannis de l’histoire
Sans une page, une ligne et sans mémoire.

Et nous serons tous ensemble
Dans une course face au soleil
Avec la force et l’émotion
Dans une embrassade de paroles
Et puis le grain sera lumière
Et le pain sera paix
Dans une envie d’infini
Ainsi libres d’aimer

La valeur du rien, n’y pas croire.


mercredi 18 novembre 2015

La messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse

La messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse


Chanson française – La messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 12

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – I, LIII)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :
Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.
Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.


Je viens ici parler au pape Jules Trois...

Aussi, dit Jules, pèlerin pèlerinant, je te bénis.

Maintenant, il te faut payer ton pardon écrit.


Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la douzième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les onze premières étaient, je te le rappelle :

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)
02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)
03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)
04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)
05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)
06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)
07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)
08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)
09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)
10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)
11.Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)


Comme habituellement, Lucien l’âne mon ami, tu pousses des cris d’orfraie rien qu’en voyant le titre de la canzone et que tu me demandes de t’en expliquer le sens, je vais commencer par là. On devrait gagner du temps. Comme tu l’as vu, ce titre est un triptyque, c’est-à-dire un titre à trois temps, comme une valse :
Premier temps : La messe du Pape
Deuxième temps : Le pardon de Till
Troisième temps : Les florins de l’Hôtesse.
Ce sont les éléments principaux de la chanson, mais ce tempo provient d’ailleurs.


En effet, ça me rappelle quelque chose, mais je n’arrive pas à savoir exactement quoi. Veux-tu bien m’éclairer…


Je vais le faire et la chose est assez amusante. Ce quelque chose, dont tu parles, est une expression populaire de nos régions qui désigne une personne avide qui veut tirer profit de tout, jusqu’au dernier centime. Cette expression prend également la forme d’un triptyque et elle se formule ainsi. S’agissant de cette personne, on dit qu’elle veut « le beurre, l’argent du beurre et les fesses de la crémière ».

C’est beaucoup demander, dit Lucien l’âne en riant aux éclats. Par ailleurs, il me semble aussi reconnaître dans le premier couplet le début de certaine autre chanson.


Bon sang, tu as l’oreille, Lucien l’âne mon ami. C’est bien le début, presque mot pour mot, de L’Histoire du Soldat [[7366]] de Charles-Ferdinand Ramuz, mise en musique par Igor Stravinski, quand le soldat 
« a marché beaucoup marché
S’impatiente d’arriver
Parce qu’il a beaucoup marché. »

Ce qui est le cas de notre « pèlerin pèlerinant » de Till.


N’est-ce pas là, Marco Valdo M.I. mon ami, cette même chanson dont tu uses comme exemple quand tu réponds à ceux qui disent que tes chansons n’ont pas de musique, que ce sont les musiciens qui sont en retard ?


Bien sûr et c’est un bon exemple. Je voudrais souligner encore – bien que d’ordinaire j’évite de le faire – le début du deuxième couplet pour faire ressortir cette quasi-citation de Gilles Vigneault. Va voir sa chanson :
Mon Pays [[40597]] et spécialement, ce passage :
« Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’envers
D’un pays qui n’était ni pays ni patrie
Ma chanson ce n’est pas une chanson, c’est ma vie... »
Et une fois encore, ce n’est pas un hasard. En fait, ces citations renvoient aux chansons d’où elles sont extraites et à tout l’univers qu’elles impliquent.


Mais, Marco Valdo M.I. mon ami, dis-moi la chanson, parle-moi d’elle. Comment est-elle faite ?


Concrètement, cette chanson se compose de deux dialogues : le premier entre Till et son hôtesse et le deuxième, entre Till et le Pape Jules Trois.
Entre les deux, Till se rend à la messe du Pape à Saint-Jean du Latran et il s’arrange pour se faire remarquer (chaque fois que le Pape présente l’hostie ou le calice, Ulenspiegel, qui s’est placé bien en vue, lui tourne le dos ostensiblement), afin de parler au pape, obtenir le pardon papal (moyennant finances, une allusion au commerce des indulgences et à la vénalité de l’Église), de gagner son pari avec l’hôtesse (les cent florins qu’elle lui a promis s’il parle au Pape) et enfin, de pouvoir retourner chez lui (voir le Pape et obtenir son pardon était la condition de son retour).


Voilà donc, l’air de rien une chanson fondamentale de cet opéra-récit, comme tu l’appelles. Till est parvenu au bout de son voyage de pèlerin pèlerinant. Il ne lui reste plus qu’à rentrer.


C’est exact. Cependant, il y a quand même plus dans cette chanson en apparence anecdotique. c’est la façon dont Till qui ne croit ni à Dieu, ni à Diable, mais est obligé d’obtenir le pardon du Pape, va répondre lorsque le-dit Pape va l’interroger et comment il va ruser face à l’autorité ecclésiastique. Sans jamais se déjuger sur le fond, remarque-le bien.


C’est en effet un grand numéro d’équilibriste. Une leçon de choses, très concrète, pour tous ceux qui – en ce temps-là ou maintenant ou demain, à Rome, ici ou ailleurs – devront vivre dans une société imprégnée de religion, de politiquement correct, de conformisme. Imagine que certains – fidèles, croyants, sectateurs, ici et maintenant, dans l’Europe de ce siècle, en sont à réclamer des lois réprimant le blasphème (mais je ferai remarquer à propos du blasphème qu’il ne saurait être question de flétrir ou d’insulter quelque chose qui n’existe pas) et d’autres interdisant la critique des religions et des religieux. C’était précisément contre tous ces interdits, contre toutes ces lois scélérates, contre toutes ces restrictions à la liberté de pensée, de parole, d’écriture, de conscience, d’examen que Till le Gueux se battait. Quant à nous, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde religieux, superstitieux, croyant, crédule, insupportable et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Pèlerin, pèlerinant ayant longtemps pèleriné,
Pèlerin, pèlerinant à Rome est arrivé.
Une belle et bonne hôtesse a rencontré :
D’où viens-tu, toi qui as tant pèleriné ?

Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est la terre
Où l’on sème la graine d’illusions,
D’espérances folles et de promesses en l’air.
Une terre fumée de religions.

Je viens ici parler au pape Jules Trois.
Parler au pape, mamma mia, moi, je ne sais pas.
Sais-tu seulement comme il vit, sais-tu comme il est ?
Paillard et dissolu, il est. Je le connais.

Je m’en vais le voir de ce pas, je m’en vais lui parler.
Je te dis ça sans me vanter.
Si tu le fais, cent florins, je te donnerai.
C’est comme si je les avais déjà gagnés.

Pour gagner les florins de son hôtesse,
Till s’en alla voir le Pape à la messe.
Le Pape levait le calice, Till tournait le dos.
Le Pape levait l’hostie, Till tournait le dos.

À force de singeries, le Pape le remarqua ;
Il le fit chercher par quatre robustes soldats.
Le Pape lui demanda : quelle est ta foi ?
La même que mon hôtesse qui partage la vôtre, une fois.

C’est fort bien, ma foi. Mais à quoi, à quoi
À quoi donc, en vérité, pèlerin, tu crois ?
Je crois ce que vous croyez que je crois.
Pourquoi tournais-tu le dos à la Sainte Croix ?

Pèlerin pèlerinant encore, la regarder, je ne pouvais pas.
Aussi, dit Jules, pèlerin pèlerinant, je te bénis.
Maintenant, il te faut payer ton pardon écrit.
Till prit le pardon, les florins de l’hôtesse et de Rome, s’en alla.

vendredi 13 novembre 2015

La Religieuse

La Religieuse

Chanson française – La Religieuse – Georges Brassens – 1969
Paroles et musique : Georges Brassens

Interprétations :

Philippe Sarrouy et les 3 mirlitons : https://www.youtube.com/watch?v=AJL3ZekCjfY


Il paraît que, dessous son gros habit de bure,
Elle porte coquettement des bas de soie,
Festons, frivolités, fanfreluches, guipures,
Enfin tout ce qu’il faut pour que le diable y soit.



Mais que donc viendrait faire une religieuse dans les Chansons contre la Guerre ?

Y être ou ne pas y être ? Telle est la question. Tel est le dilemme… D’abord, ce n’est pas n’importe quelle religieuse. C’est la sœur de Fernande.


Voyez-vous ça, la sœur de Fernande [[9028]]. D’accord. Mais encore ?


Eh bien, Lucien l’âne mon ami, si la brave Margot (faudra aussi la présenter aux CCG, qui font semblant de l’ignorer) découvrait son corsage et inspirait ainsi tous les gars du village, cette religieuse incarne à elle seule tous les fantasmes des enfants de chœurs, des ecclésiastiques et même, qui lui résisterait ?, du Christ et des auditeurs de la chanson. C’est une Mélanie [[9026]] à rebours ; elle incendie les cierges sans même les toucher.


Et bien entendu aussi, dit Lucien l’âne en brayant comme un zèbre en rut, ceux des interprètes et même, celui de l’auteur de la canzone. Une sacrée gaillarde que cette sœur ! D’une certaine manière, elle me fait penser à cette autre nonne [[44637]] dont, par l’entremise de Georges Brassens encore, Victor Hugo racontait la terrible aventure ; celle dont le Père Hugo disait :
« Comme si, quand on n’est pas laide
On avait le droit d’épouser Dieu ».


Eh bien évidemment, pour répondre à la question rituelle de savoir si la chanson a sa place ici, j'affirme qu'elle a toute sa place dans les chansons contre la guerre, dans la mesure où il y a là comme un parfum de libération de la femme, une liberté du corps et une sensualité peu compatibles avec les normes canoniques. Sauf, si, comme je le vois à tes yeux égrillards, on songe à d’autres canons ; et de fait, comme tu le verras, c’est ce qu’on appelle par ici et maintenant un « canon ». Et puis, mettre la corne à la tête du Christ, même en hypothèse, cela aurait valu le bûcher, il y a peu de temps encore.

Évidemment ! Je peux même te garantir qu’on en a torturé pour moins que ça.


Bref, sous ses airs de Sainte Nitouche, cette canzone est un brûlot anticlérical, dicté, diront certains, par le diable lui-même ou en tout cas, par un mauvais esprit.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, arrête-toi là ! Pour un peu, ils vont nous envoyer un exorciste. Ce n'est pas qu'ils me font peur ces chasseurs de diables, mais ils m'horripilent tant que j'en ai le poil tout retourné. Enfin, écoutons la chanson, rions et reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce vieux monde religieux, clérical, superstitieux, collet monté et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Tous les cœurs se rallient à sa blanche cornette,
Si le chrétien succombe à son charme insidieux,
Le païen le plus sûr, l’athée le plus honnête
Se laisseraient aller parfois à croire en Dieu.
Et les enfants de chœur font tinter leur sonnette …

Il paraît que, dessous sa cornette fatale
Qu’elle arbore à la messe avec tant de rigueur,
Cette petite sœur cache, c’est un scandale !
Une queue de cheval et des accroche-cœurs.
Et les enfants de chœur s’agitent dans les stalles …

Il paraît que, dessous son gros habit de bure,
Elle porte coquettement des bas de soie,
Festons, frivolités, fanfreluches, guipures,
Enfin tout ce qu’il faut pour que le diable y soit.
Et les enfants de chœur ont des pensées impures …

Il paraît que le soir, en voici bien d’une autre !
A l’heure où ses consœurs sont sagement couchées
Ou débitent pieusement des patenôtres,
Elle se déshabille devant sa psyché.
Et les enfants de chœur ont la fièvre, les pauvres …

Il paraît qu’à loisir elle se mire nue,
De face, de profil, et même, hélas ! de dos,
Après avoir, sans gêne, accroché sa tenue
Aux branches de la croix comme au portemanteau.
Chez les enfants de chœur le malin s’insinue…

Il paraît que, levant au ciel un œil complice,
Elle dit: "Bravo, Seigneur, c’est du joli travail !"
Puis qu’elle ajoute avec encor plus de malice :
"La cambrure des reins, ça, c’est une trouvaille !"
Et les enfants de chœur souffrent un vrai supplice …

Il paraît qu’à minuit, bonne mère, c’est pire :
On entend se mêler, dans d’étranges accords,
La voix énamourée des anges qui soupirent
Et celle de la sœur criant "Encore ! Encore !"
Et les enfants de chœur, les malheureux, transpirent …

Et monsieur le curé, que ces bruits turlupinent,
Se dit avec raison que le brave Jésus
Avec sa tête, hélas ! déjà chargée d’épines,
N’a certes pas besoin d’autre chose dessus.
Et les enfants de chœur, branlant du chef, opinent …

Tout ça, c’est des faux bruits, des ragots, des sornettes,
De basses calomnies par Satan répandues.
Pas plus d’accroche-cœurs sous la blanche cornette
Que de queue de cheval, mais un crâne tondu.
Et les enfants de chœur en font, une binette …


Pas de troubles penchants dans ce cœur rigoriste,
Sous cet austère habit, pas de rubans suspects.
On ne verra jamais la corne au front du Christ,
Le veinard sur sa croix peut s’endormir en paix,
Et les enfants de chœur se masturber, tout tristes ...

Mon Vieux Léo

Mon Vieux Léo

Chanson française – Mon Vieux Léo – Marco Valdo M.I. – 2008-2015


Et si tu peux
Encore un peu
Jouer du piano
Au cœur du néant
Tu te plais sûrement
Mon vieux Léo.


Ah, Lucien l’âne mon ami, c’était il y a déjà quelques années… Je venais de découvrir les Chansons contre La Guerre… Autrement dit, c’était en 2008 et c’était une de mes premières tentatives, disons, d’écriture de chanson. J’avais eu l’idée de faire une chanson, une parodie déjà. Et une parodie de Georges Brassens et je te le dis tout net, je n’avais pas pu aboutir. J’avais donc laissé la chose en plan.


Et alors, pourquoi me racontes-tu ça ? J’imagine que tu as dû retrouver cette chanson inachevée et sans doute, as-tu essayé de la mener à son terme…


C’est exactement ça et comme tu le penses bien, vu qu’on en parle ici, j’ai dû réussir à la terminer. Mais je ne dirai pas combien de fois je l’ai reprise – une vieille chaussette ne l’a pas été autant, modifiée, recommencée, réécrite… Une montagne de papier griffonnée, raturée, barrée, sursaturée de corrections, de biffures… Et maintenant que je l’ai finie, j’en suis bien content, même si…


Tu m’en vois ravi, dit Lucien l’âne en tressautant pour simuler la joie, sauf que je ne sais toujours pas de quelle chanson il s’agit, de quelle autre chanson elle est une parodie, de quel auteur elle s’inspire et in fine, de qui ou de quoi elle parle. Ça fait beaucoup, tu l’admettras.


J’admets, j’admets, Lucien l’âne mon ami. Et je te livre le secret tout à trac. Son titre est fixé et on ne pourrait – tu vas le comprendre tout de suite – en donner un autre. C’est « Mon Vieux Léo », une canzone où il est question de Léo Ferré. C’est, comme je te l’ai dit, une parodie d’une chanson de Georges Brassens : « Le vieux Léon » (1953) et elle a comme trame une histoire que j’ai inventée, à savoir que Georges Brassens, reprenant son vieux Léon, s’adresse à Léo Ferré par-delà le temps de façon très amicale et l’interpelle à propos de son grand saut dans le rien ou sur le rocher (étant Monaco où on l’a ramené d’Italie) et la vie d’artiste qu’il peut y mener avec les autres anarchistes exilés là-bas dans le néant. Mais pour les anarchistes, l’exil est une seconde nature. Il lui demande (Georges à Léo) si les anars ont enfin fait un mauvais sort à la guerre et il lui donne des nouvelles d’ici.


Je verrais bien le père Valdu reprenant une telle parodie… Ce devrait être dans ses cordes de guitare et vocales… Juste pour dire, évidemment. Cela étant, il faudrait sans doute un de ces jours que tu insères « Le vieux Léon » de Tonton Georges dans les Chansons contre la Guerre, car tout comme La Vie d’Artiste de Ferré, cette chanson manque cruellement au tableau. Enfin, je t’avoue que je suis très impatient de découvrir cette parodie et je me réjouis hautement déjà, rien qu’à l’idée. Voyons-la et reprenons notre tâche ; tissons, tissons le linceul de ce vieux monde mortel, mortifère, morbide et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Ça fait maintenant
Près de vingt-cinq ans
Mon vieux Léo
Que tu es parti
Chanter au pays
Des arnarcos.
Parti serein
Voir si les copains
Du bref été
Étaient contents
De se marrer
Dans le néant.
Plus de vingt-ans
Depuis le temps
Que tu es allé
Guincher au bal
Phénoménal
Des révoltés.
Léo, mourir
N’est pas finir.
Léo, j’espère
Que tu as trouvé
Dans ce désert
La liberté.


C’est une erreur
Mais les rêveurs
De la grande vie
Au grand jamais
On ne leur permet
De fantaisie.
Et toi, tu as dû
T’en aller ailleurs
L’esprit rageur
Sans avoir vu
Revenir jamais
Le joli mois de mai.
Mais les copains
Viendront demain
Les rangs serrés
En rigolant
Et tout fringants
De te retrouver.
Et dans les cœurs
Où pousse la fleur
De l’anarchie
Il fait ma foi
Beaucoup moins froid
Qu’à la Bastille.

Depuis l’ami
Que d’Italie
On t’a ramené
On n’a pas cessé
De faire partout
Les quatre cents coups.
Et on gueulait
Tant qu’on pouvait
À l’unisson
Et dans les prisons
De la Pianosa
À la Santé
Nombre d’amis
Derrière les murs gris
Furent enfermés
Nul sans surprise
N’a oublié
Le temps des cerises.
Et les bons amis
Sont restés à l’écart
Des gens de partis.
À t’écouter
Nous rechanter
Graine d’ananar
Tous ces anars
Ont le cœur gros
Mon vieux Léo.

Comment ç’est-y
Chez les amis
Autour de toi.
Les libertaires
Ont-ils déjà
Tué la guerre
Et le pinard
Du Père Peinard
Est-il meilleur
D’être partagé
En amitié
Et de grand cœur.
Et s’il t’arrive
Qu’une fée vive
Se laisse approcher
C’est sûr alors
Que tu as trouvé l’Âge d’or
Sur ce rocher
Et si tu peux
Encore un peu
Jouer du piano
Au cœur du néant
Tu te plais sûrement
Mon vieux Léo.