samedi 26 décembre 2015

La vilénie de Voltaire

20 août 2008

La vilénie de Voltaire

« Est-il en notre temps rien de plus odieux, de plus désespérant que de ne pas croire en Dieu… »

Quoi, qu’est-ce que tu chantes ?, dit Marco Valdo M.I. à Lucien l’âne qui en a tant vu et tant entendu…


Mais, c’est une chanson…, dit Lucien l’âne à la voix de Caruso.


De Brassens, je sais, je connais ce mécréant qui échappera de peu au supplice d’Abélard… Heureusement, il y a encore de bonnes femmes. Et toi, Lucien, qui connut les mystères d’Éleusis et autres sympathiques délires mystiques, vas-tu te mettre à genoux, prier et implorer, faire semblant de croire… Ou vas-tu passer ton chemin sans trop te soucier de ces calembredaines ?

Tu sais bien, mon ami Marco Valdo M.I., que je n’ai pas vocation à me laisser sombrer dans le mystère, ni d’avaler les hosties et cela, justement parce que j’ai connu bien des mystères et que je sais qu’enfin, la nonne aima le brigand et moi, Photis.


Dis, Lucien, peux-tu m’expliquer quel genre de plante poussait sur le bord du chemin ? Je t’avais pourtant recommandé de ne pas manger de coquelicots, l’autre jour. Comme tu sais, il y a herbe et herbe.

À propos d’herbe, et de mauvaise herbe, comme avec mon ami de l’époque, que j’emmenais partout avec Marguerite sa donzelle, je ne suivais pas les chemins qui mènent à Rome, il ne t’étonnera pas que j’ai eu quelques ennuis dans le passé, et comme on était aux temps des fanatiques d’Augustin, j’ai tout juste eu le temps de passer les Alpes après avoir dû mener mes amis au bûcher, précisément. J’en tiens pour preuve le récit de Schwob : « Pour Dolcino et Margherita, on les attacha sur un âne, le visage tourné vers la croupe ; on les mena jusqu’à la grande place de Novara. Ils y furent brûlés sur le même bûcher, par ordre de justice.»

Hou lala, ouhlala, dit Marco Valdo M.I., je ne savais pas que tu connaissais l’ami Dolcino et l’aimable Marguerite on en parle encore maintenant de ces deux-là et même, je te le raconterai prochainement, on détruit encore les monuments que leurs amis érigent pour eux. Tout ça, d’ailleurs, colle bien avec l’histoire de l’Achtung Banditen ! d’aujourd’hui.

Ah oui, dit Lucien l’âne aux pieds d’Hermès et aux pas de danses de Dionysos, et quel est ce mystérieux Bandit… ? Qui est ce terroriste ? Quelle terreur a-t-il bien pu inspirer et dans quel maquis a-t-il mené son combat ? Car je suppose bien qu’il s’agit d’un de ces ennemis de la société, un de ces gens qui veulent changer le monde pour le rendre plus juste, plus libre, plus honnête, plus humain… Quel est donc cet émule du Che ?

Oups, Lucien, dit Marco Valdo M.I., tu y vas fort et de travers. D’abord, en matière d’émules, excuse-moi, malgré ton caractère d’âne, ce serait plutôt l’inverse ce serait bien le Che qui serait son émule. Il y a plus de deux cents ans d’écart entre eux. Notre nouvel invité vivait vers 1700. Ensuite, pour le maquis, tu n’as pas tort. Il vivait dans un maquis, qui l’est toujours presque autant aujourd’hui : ce sont les Ardennes, pays de sangliers, de têtes dures, de chasseurs et de taiseux. Pays de Rimbaud aussi.

Ha, ha, fit Lucien l’âne en reculant de deux ou trois pas pour montrer qu’il écoutait avec plus de recul les indications de Marco Valdo M.I..


Quant au terroriste…, dit Marco Valdo M.I. Oui, il a terrorisé l’Europe et d’un certain point de vue, il la terrorise encore, si terroriser consiste bien en ce que tu as dit : c’est-à-dire vouloir un monde plus juste, la mise en commun des biens, la répartition du travail, le souci de la collectivité, une certaine rigueur morale…

Le chœur de l’infâme

Le mieux de l’affaire, c’est qu’il fut prêtre sa vie durant et même curé de deux paroisses, distantes de quelques milliers de mètres l’une de l’autre. Il fut un de ces prêtres – et crois-moi, il y en a eu beaucoup dans l’histoire – qui ne croyait pas du tout aux énormités religieuses que leur état leur imposait de débiter en chaire de « vérité ». Il y croyait tellement peu qu’il s’est excusé dans sa lettre testamentaire à ses paroissiens de leur avoir menti pendant quarante ans et surtout, de ne pas avoir eu l’audace de leur dire la vérité … Enfin il faut savoir qu’il s’est rattrapé depuis. C’est ce curé qui a lancé la belle imprécation qui résonne encore de tout son sens : «Je voudrais, et ce sera le dernier et le plus ardent de mes souhaits, je voudrais que le dernier des rois fût étranglé avec les boyaux du dernier prêtre. »
Et crois-moi, il avait le même souhait à l’égard des riches et des puissants.

OH, OH, dit Lucien l’âne, en se grattant le menton et l’oreille du pied. Voilà qui est étonnant… Enfin, je veux dire que c’est étonnant de trouver quelqu’un qui parle comme Dolcino et d'autres que j’ai connus dans le monde. Tu n’as pas tort, Marco Valdo M.I., beaucoup de curés croient autant en Dieu que moi en mes chaussettes. Mais au fait, comment s’appelle-t-il ce curé et comment sait-on ce qu’il a raconté ?

Mon bon Lucien, je ne vais pas me lancer dans une conférence érudite sur le sujet, car il y aurait dix mille détails à aborder. Je vais faire simple : il s’appelait Jean Meslier et il dit tout cela dans son « testament » qu’il déposa chez un notaire… Mais, il y a quand même une partie de cette affaire sur laquelle je voudrais insister un peu, c’est l’intervention du Sieur Jean-Marie Arouet, alias Voltaire, qui a voulu étouffer la voix de Jean Meslier en réécrivant quelque peu ses pensées et en faisant un fameux caviardage. Jean Meslier a comme caractéristique principale sur le plan de la croyance, c’est qu’il n’en avait pas et que pour tout dire, en plus de vouloir éventrer des curés, il était athée – il l’est d’ailleurs resté. Mais d’un athéisme militant, et même, pourrait-on dire d’un antithéisme militant. On pourrait sur ce plan le comparer à Max Stirner ou à ton interlocuteur présent. En clair, non seulement Dieu n’existe pas, mais il ne faut pas voir dans son abstraction pure une raison pour le laisser vivre, même erronément en somme, si la religion est l’opium du peuple, Dieu en est le grand Pavot il faut l’éradiquer pour que l’homme – toi, moi… puisse vivre. Donc, ce petit salaud de Voltaire – je ne vois pas d’autre mot, avait entendu parlé du Testament de Meslier et il s’est empressé de s’en procurer une copie. Ensuite, sous prétexte d’en faire un résumé, il l’a purement et simplement dénaturé. Il a fait de Jean Meslier, un de ces déistes, à la manière de ceux avec lesquels Voltaire entretenait des relations amicales très suivies.

Mais c’est dégueulasse, dit l’âne en lançant une ruade symbolique.

Mais, rassure-toi Lucien, tu penses bien que Jean Meslier n’est pas du genre à se laisser étouffer, même par un Voltaire, lui qui, étant de surcroît curé – une circonstance aggravante -  avait osé affronter l’infâme à mains nues.

Excuse-moi, dit Lucien l’âne en élevant sa queue en point d’interrogation, mais qui est cette infâme dont tu parles ?

C’est celle que Savonarole, Luther, les Anglicans eux-mêmes traitent sans hésiter de Putain : notre Sainte Mère l’Église Catholique, Apostolique et Romaine. Voltaire lui l’appelait « l’infâme ». Enfin, tout ça pour te présenter la chanson que je voulais te faire connaître ce soir et son commentaire. C’est une chanson d’un auteur italien que j’ai traduite. Cet auteur l’a écrite il y a plus de trente ans il se nomme Anton Virgilio Savona et la chanson s’intitule tout simplement « Le testament du curé Meslier ». En maintenant, allons-y !






Jean Meslier (Mazeny, Champagne 1664 – Étrépigny, Champagne 30 juin 1729), curé d’Étrépigny, en Champagne (commune proche de Charleville-Mézières, où naquit et grandit plus tard un autre imprécateur de haut vol, le dénommé Arthur Rimbaud - actuellement département des Ardennes – 08 – Région Champagne-Ardennes) eut cette idée de publier – en les déposant sous forme de testament – ses pensées et ses colères à titre posthume. Est-ce parce qu’il y travailla jusqu’au bout de sa vie ou en application d’un principe de précaution ? Toujours est-il que ce texte et sa lettre aux paroissiens qui le présente ont surgi à son décès, puis ont disparu et par la suite, ont connu des fortunes diverses avant de pouvoir venir au jour en édition intégrale plus de deux cents ans après ce dépôt, qui pourtant les a sauvés. Dans cette aventure du « Mémoire des pensées et sentiments de Jean Meslier », le caviardage de Voltaire fut assurément une vilénie (Meslier à la sauce déiste de Voltaire est à la correction littéraire et intellectuelle, ce que le fast-food est à la cuisine – une trahison et pire, une erreur !), mais l’arrangement voltairien eût quand même le mérite (involontaire) d’attirer l’attention sur les 3 exemplaires que Jean Meslier avait déposés au greffe. Grâce soit rendue, dès lors, au hollandais Rudolf Charles, éditeur de son état, qui tenta la première intégrale à la fin du 19ᵉ siècle !

Quant à savoir pourquoi Jean Meslier n’a pas publié de son vivant, j’ai ma petite idée à ce sujet. Tout simplement, il faut quand même connaître un peu les Ardennes pour comprendre que un : trouver un éditeur était en soi une odyssée, deux : qu’écrire le « Mémoire » (outre que de tenir sa charge de curé…), était aussi un formidable défi et trois : qu’enfin, en rédiger les copies prenait du temps et était essentiel pour en assurer la postérité… Le reste est sans doute dû à la volonté d’aller le plus loin possible dans la rédaction… Jean Meslier ne s’en cache pas lui qui commença son texte par : « Mes chers amis, puisqu’il ne m’aurait pas été permis… » et dit – en substance ensuite – « Je vous l’aurais bien dit de vive voix, juste avant de mourir, mais je ne suis pas sûr…. (ceci traduit en langage moderne) que j’aurai encore toute ma tête à ce moment… Donc j’ai pris la précaution d’écrire ». En ce temps-là, la mémoire des bûchers de l’Inquisition illuminait encore l’Europe.

Par ailleurs, on n’a pas fini de disserter sur Jean Meslier. Je n’en dirai pas plus ici, sauf à reprendre ce que les paysans de Lucanie disaient au temps de Carlo Levi (1936) : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari » (« Nous nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme »), sauf à reprendre la phrase de Jean Meslier qui excommunie quiconque la prononce ou la reproduit :

«Je voudrais, et ce sera le dernier et le plus ardent de mes souhaits, je voudrais que le dernier des rois fût étranglé avec les boyaux du dernier prêtre. »

Puis-je ajouter, dit Marco Valdo M.I., que c’est aussi le mien de souhait – et pas le dernier.
Et, comme disait cet autre mécréant anarchiste de Brassens : « Et tant mieux si c’est un péché, nous irons en enfer ensemble… Il suffit de passer le pont »


 Le testament du curé Meslier.
Chanson italienne – Il testamento del parocco Meslier - Anton Virgilio Savona - 1972
Version française – Le testament du curé Meslier – Marco Valdo M.I. - 2008



Vous avez sur le râble le fardeau pesant
Des princes, des prêtres, des tyrans
et des gouvernements ;
des nobles, des moines, des chanoinesses et des prélats,
des fripons de garde-sel et de tabac
et des magistrats.
Vous avez sur le râble les puissants et les guerriers,
les ineptes, les inutiles et les rusés,
et les douaniers,
les riches qui volent pour s’engraisser
laissant le peuple entier
entretemps – crever.
Abattez
les riches condottières
et les princes !
Ce sont eux,
pas ceux de l’enfer,
les diables !
Des vermines qui laissent au paysan
seulement la paille du grain
et la lie du vin.
Ils théorisent paix, bonté et fraternité
et puis, ils légalisent les trônes
et l’inégalité.
Ils ont inventé le Dieu des puissants
pour endormir et faire plier
les corps et les esprits.
Ils ont inventé les démons et les enfers
pour faire trembler et taire
les pauvres et les sans-terre.
  
Abattez
les riches condottières
et les princes !
Ce sont eux,
pas ceux de l’enfer,
les diables !
Ce ne sont pas les démons de la cour inférieure
vos pires ennemis,
après la mort mais ce sont ces gens qui lèvent les doigts,
anéantissent et font pourrir
votre vie !
Et si vous vous unissiez, vous pourriez les arrêter
en utilisant du boyau de prêtre
pour les pendre ;
Ainsi, vous ne seriez plus leurs esclaves
mais enfin, du fruit de votre travail, les maîtres !
  
Abattez
les riches condottières
et les princes !
Ce sont eux,
pas ceux de l’enfer,
les diables !



Hérétique le Bonhomme

Hérétique le Bonhomme


Chanson française – Hérétique le Bonhomme – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 17

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – I, LXVII)

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :
Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.
Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.


Hérétique, hérétique, le bonhomme.
On l’a dénoncé, il doit mourir.



Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la dix-septième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les seize premières étaient, je te le rappelle :

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)
02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)
03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)
04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)
05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)
06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)
07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)
08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)
09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)
10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)
11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)
13. Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)
14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)
15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)
16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection [[51150]] (Ulenspiegel – I, LVIII)


Lors donc, Lucien l’âne mon ami, toi qui aimes que je t’explique d’abord le titre des canzones, il est à présent question d’un bonhomme, d’un hérétique. L’hérétique est quelqu’un qui fait l’objet d’une vindicte particulière de la part d’une église ou d’une religion ; en pratique, est hérétique toute personne qui dérange une église ou une religion ou qui met en cause ses fondements ou son existence. Il est certes toutes sortes d’hérétiques. C’est une production prolifique des religions (sans religion, pas d’hérétique)et dans le cas de la chanson, de la religion catholique. Depuis sa création, elle en a produit quasiment sans interruption de nouveaux modèles, comme l’industrie automobile. Est hérétique, tout qui met en cause le dogme, les pratiques ou le pouvoir de l’Église. Je te prie de considérer que l’Église et sa prétention à l’unicité 
résulte – en définitive – de la nécessité pour l’Empire de disposer d’une religion unique. C’était encore, il t’en souvient sans doute, le projet de Charles-Quint et Philippe le roi, son fils, entendra faire pareil dans son royaume. Ceci pour la première partie du titre de la canzone.

Salut à toi, Marco Valdo M.I., mon ami, j’apprécie en effet beaucoup de t’écouter expliciter les titres, gloser à propos des canzones ou d’autre chose. Donc, pour ce qui est des hérétiques, me voilà servi, du moins pour l’instant, car je pense qu’on y reviendra. Ce qui m’intrigue plus, c’est ce bonhomme, avec majuscule en plus.

Qu’est-ce qu’un Bonhomme, singulièrement quand il s’agit d’hérétiques. Historiquement, on connaît des Bons Hommes et des Bonnes Femmes, suspects d’hérésie. C’étaient les noms que se donnaient les Cathares qui, si tu veux bien t’en souvenir, firent l’objet de la part de l’Église Catholique d’une série de furieuses croisades, de procès inquisitoriaux et de grands massacres jusqu’à leur complète élimination. Ce qui prit plus de trois cents ans. Ce fut une persécution immonde, en tous points semblable à celle dont firent l’objet – à la même époque – les membres de la Fraternité des Pauvres de Lyon, autrement dit les partisans de Valdo et en Italie, les Dolciniens, partisans de Dolcino et de Marguerite. Et l’affaire n’est pas close. Suis bien ceci un instant que ces Bonshommes, ces hérétiques – au-delà des errances théologiques – étaient surtout poursuivi de la vindicte ecclésiastique en ce qu’ils mettaient en cause le plus important pour l’Église (en ce temps-là et aujourd’hui encore) : le pouvoir et son avidité pour les richesses terrestres. En peut-il exister d’autres, d’ailleurs ?

En somme, dit Lucien l’âne en balançant la tête et col, excuse-moi pour cette intervention, c’est toujours là une facette de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux démunis afin de maintenir leur domination sur le monde, de tenir les pauvres en soumission, d’empêcher toute remise en cause réelle de l’état des choses, de promettre tout et n’importe quoi et de ne pas le tenir, le paradis et la rédemption, d’accroître leurs fortunes, de développer l’exploitation des hommes et de la nature et de garantir leurs privilèges.

Bien évidemment et cela perdure à présent. Il s’agit de mener le troupeau et de réduire toutes les voies de la liberté. Venons-en à présent, car cela t’importe aussi, à la canzone et à la suite de l’histoire de Till le Gueux. Cette fois, c’est en quelque sorte un épisode intermédiaire, mais rempli d’enseignements sur la suite des événements, que toutefois, je ne dévoilerai pas trop.

Il te faudra sans doute y revenir, dit Lucien l’âne en se dandinant. Car le futur éclaire le présent comme le présent éclaire le passé.

Car le passé éclaire le présent comme le présent, le futur. N’oublions pas que cette Légende d’Ulenspiegel est déjà écrite (par Charles De Coster, notamment), mais pas entièrement. Pour l’instant, je te le dis, nous avançons à tâtons. C’est ma façon de procéder.

Mais dis-moi quand même quelques choses…

En résumé, c’est la canzone du retour de Till, de l’arrivée du messager, de l’annonce du supplice de Josse (le frère de Claes et donc, l’oncle de Till) et de l’arrestation de Claes pour hérésie. Je disais l’épisode intermédiaire, il faut comprendre central. Le tout bercé par l’intermittente lamentation de Katheline : « Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! ».

Me voilà comblé et il ne me reste plus qu’à écouter la canzone que – beau ménestrel – tu vas me dire et nous reprendrons ensuite le cours de notre tâche en tissant de nos pauvres mains le linceul de ce vieux monde malade du pouvoir, impotent, trompeur, criminel et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Quand roulait la procession du Saint Sang,
Claes attendait Till anxieusement
Sur le pas de la porte, il guignait
L’homme de haute stature qui s’en venait.

L’homme ramassait les carottes
À même la terre et crues, les croquait.
L’homme arriva au coin de la rue, peu après.
Entre chez moi, dit Claes, retire tes bottes.

Bénis ceux qui sont doux à l’errant.
Tu as soif, tu as faim.
Depuis huit jours, je ne mange rien
Que les racines des bois et les carottes des champs.

Apportes-tu des nouvelles, messager ?
Ton frère Josse est mort sur la roue.
Méchant bourreau, mon pauvre frère.
L’homme donne à Claes le fraternel baiser.

Le messager resta sept jours entiers.
Toutes les nuits, il entendait Katheline crier :
« Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! ».
Puis, le Bonhomme dut repartir.

Voici le prévôt et quatre sergents ;
Qui donc viennent-ils chercher ?
Claes se bat pour sa liberté.
Il est innocent, il est innocent.

« Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! »
Qu’a donc fait mon pauvre homme ?
Hérétique, hérétique, le bonhomme.
On l’a dénoncé, il doit mourir.

La male heure a sonné, dit le fermier.
Till affolé se dépêche d’arriver.
Nelle lui dit : « Ne rentre pas chez toi !

Les soldats t’attendent là-bas. »

Épitaphe pour Jean Meslier


22 août 2008

Épitaphe pour Jean Meslier









Épitaphe pour Jean Meslier
par d’Alembert



Ci – gît
Un fort honnête prêtre,
curé de village
en Champagne
qui,
en mourant
A demandé pardon à Dieu

d’avoir été Chrétien
et qui a prouvé par là que
Quatre-vint-dix neuf Moutons
et un Champenois
ne font pas cent bêtes.




lundi 21 décembre 2015

SOCIÉTÉ JE TE HAIS !

SOCIÉTÉ JE TE HAIS !

Version française – SOCIÉTÉ JE TE HAIS ! – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – Società io ti odio – Alessio Lega – vers 1990.
Texte dAlessio Lega
Lib
rement inspiré de:
Société tu m’auras pas d
e Renaud




Je hurle ma rage et sais que j’exaspère
Comme la puce folle sur le cou de la panthère.
Mais il me reste la colère seulement
À vomir dans le cou des gens.





Déposée aux Archives Prolétariennes Internationales de Milan, fondées et tenues par Santo Catanuto, Société je te hais doit probablement sa survie au Canto anarchico in Italia Chant anarchiste en Italie du même Catanuto et de Franco Schirone, où elle a été insérée dans l’édition de 2009 à la page 353. Ce doit être une des premières chansons écrites par le très jeune Alessio Lega, inspirée d’une célèbre chanson d’un autre qui était très jeune en 1974, Renaud. Mais si pour Renaud la « société ne l’aurait pas eu », Alessio Lega âgé de vingt ans ou un peu plus déclarait même tout sa haine à la société elle-même.

Si, sûrement, il ne nous est pas donné 
de savoir quels et combien de dommages Alessio procuré à « Caritas », ce qui peut-être est à regretter un peu est que cette chanson primordiale dans sa production n’en ait pas provoqués en tant que chanson en soi, perdue qu’elle est dans un volume et absolument inconnue au grand Réseau jusqu’aujourd’hui. Nous cherchons donc à remédier, aussi parce que – disons-le franchement – on ressent beaucoup le manque de fiers « détestateurs » de la Société, de ses ordres constitués et de ses composants « spirituels ». [RV] 

On ne peut pactiser avec ta violence,
Il y a quelque chose de pourri dans ton existence
Et je ne m’accorderai jamais avec ce que tu as fait,
Carcela dit entre nous, société, je te hais.
Il n’y a pas moyen de s’entendre entre nous ;
Quand je hurle ma douleur, tu me traites de fou.
Ce contrat entre nous, je ne l’ai jamais signé
Et jusqu’à mon dernier souffle, société je te haïrai.

Tu aimes les uniformes : les tenues, les costumes ;
Si dessous, il y a un fauve, tu ne vas pas y voir.
Je hais ton soldat, je hais ton gendarme ;
J’aimerais le voir pendre aux drapeaux noirs !
Je suis sanguinaire ! Je suis imparfait !
Mais lui se croit viril… et ce n’est même pas un homme !
Société… je te hais !

Tu te débarrasses en vitesse de celui qui te rejette ;
À le cataloguer « clochard » ou « drogué », tu es toujours prête.
Puis quand sous ta « civilisation », tu les as écrasés ?
Tu donnes le coup de grâce de ta pitié,
Société, je te hais !
Et préviens tes bonnes sœurs et préviens tes curés,
Car ce seront les premiers à être égorgés !
Nous rendrons ainsi la « charité chrétienne »
Eux « fils de dieu », nous « fils de pute ! »
Société, je te hais !

Ne nous dites pas que « famille et travail » sont pour l’homme,
Ni ce vide dédain qu’on appelle« décorum ».
Nous ne voulons pas de maîtres, nous ne voulons pas de prophète ;
Nous fracasserons au sol toutes vos comètes
Et votre asphyxiant secours qu’on dégueule,
Nous vous le rabattrons sur la gueule.
Société, je te hais !

Je ne cherche pas mes barreaux, je ne veux pas vivre en travaillant ;
Les cages sont des cages, même les cages d’or !
Vous exploitez mon esprit, vous exploitez mon corps,
Mais si je ne sers plus,
Mais si je ne sers plus… vous débranchez le courant
Société, je te hais !
Si je trouve encore des paroles qu’elles soient dures et sourdes ;
Si vraiment je dois claquer, je sauterai sur les cordes
Pour trouver ma voix, avoir l’illusion
De pouvoir vous renverser d’une chanson.
Société, je te hais !

Je hurle ma rage et sais que j’exaspère
Comme la puce folle sur le cou de la panthère.
Mais il me reste la colère seulement
À vomir dans le cou des gens.
Pour aller au-delà de la mascarade
De la « société », chercher ce que nous sommes :
Amis… frères… camarades,
Je vous aime !