jeudi 22 octobre 2015

Katheline suppliciée

Katheline suppliciée

Chanson française – Katheline suppliciée – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 8


Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).




Il l’attacha sur le banc de torture.
Il versa l’eau chaude dans l’estomac.



Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la huitième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les sept premières étaient, je te le rappelle :

02 Till et Philippe [[50640]]
03. La Guenon Hérétique [[50656]]
04. Gand, la Dame [[50666]]
05. Coupez les pieds ! [[50687]]
06. Exil de Till [[50704]]
07. En ce temps-là, Till


Je ne l’avais pas oublié… Mais voyons ce que tu as à dire de la huitième…


La huitième raconte l’histoire atroce du supplice de Katheline, la bonne sorcière, celle-même qui mit au monde de ses mains, Till et de son ventre, Nelle. Peut-être, t’es-tu posé la question de savoir pourquoi, parmi ceux qui l’aimaient bien, on l’appelait dans son village, Katheline, la bonne sorcière. Tout simplement, car c’en était une. Une vraie. Non pas qu’elle entretînt des relations diaboliques – tu sais comme moi et comme tout un chacun que c’est une impossibilité du simple fait que ni Diable, ni Dieu n’existent, mais on l’appelait ainsi, car elle soignait les bêtes et les gens par les simples, c’est-à-dire par les plantes – une méthode héritée d’une sagesse ancienne. Je t’ai déjà parlé de la sorcière telle qu’elle était dans les sociétés paysannes et de son rôle tout à fait essentiel de sage-femme, de soigneuse, de guérisseuse, de conseillère et de consolatrice.

Oh, ce n’est pas à moi que tu dois expliquer ce que sont les sorcières, ni pourquoi l’Église, qui entendait prendre leur place, s’est acharnée à vouloir les éliminer par tous les moyens. Elle alla jusqu’à inventer la Vierge et le culte marial…


Donc, comme tu le sais aussi et comme tout un chacun le devine, il existe des gens idiots, bêtes et malveillants, rongés par l’envie et l’avidité et pour qui tous les moyens sont bons pour faire de l’argent. Y compris, comme tu le verras ici, au détriment de leurs voisins ou d’une brave femme.

Oh, j’ai vu souvent cela et j’ai vu beaucoup de gens en souffrir. L’envie est une bête sournoise et méchante, je le sais bien.

Si tu sais cela, tu vas comprendre la suite. Katheline avait soigné les bêtes d’un fermier et celles d’un autre fermier, voisin du premier. Les animaux de l’un furent guéris ; par malheur, une vache du second périt. Et ce dernier accusa Katheline d’avoir tué sa vache par des procédés diaboliques. Évidemment, il n'en était rien, mais le mensonge porta et Katheline fut arrêtée sous l’accusation de sorcellerie, une des pires qui soit.

Je t’interromps, car je veux dire que ce type est une ordure…

En effet. Je continue mon récit. Il faut savoir que dans la justice de l’époque, telle que l’imposait l’Église, il fallait que le coupable avoue son crime. Cela partait d’une bonne intention et d’un bon sentiment ecclésiastique : l’aveu était le premier pas vers la repentance et la repentance mène au pardon et au salut. C’est d’ailleurs encore aujourd’hui le mécanisme fondamental de la confession et de l’absolution qui en découle. Donc, pour en quelque sorte aider l’accusé à faire ce premier pas vers le salut, on le torturait avec pas mal de sérieux, de technique et de raffinement. Ensuite, il ne restait plus qu’à le condamner soit à la peine de mort, généralement agrémentée de nouvelles tortures, soit à un supplice, le tout en place publique. Il fallait bien impressionner les foules et les tenir dans une atmosphère de peur. Le supplice qu’on inflige à Katheline est terrible (on lui pose sur le crâne de l’étoupe et on lui incendie ainsi la tête) et elle est tellement meurtrie par ces tortures à rallonge qu’elle est devenue folle et comme, avec ses pieds brûlés (c'était une des tortures précédentes), elle est incapable de marcher, ils l’emmènent en chariot hors du territoire de Damme pour l’exil auquel ils l’ont, en plus, condamnée.

Que voilà de braves gens ! Ils ont vraiment tout fait pour sauver Katheline de l’emprise du diable. Encore que je ne pense pas que le feu et les flammes dussent l’effrayer beaucoup… Quelle bande de sadiques ! Et dire que ça se passait ici quelque part… Mais sûrement, le supplice imbécile qu’ils infligent à Katheline n'était qu’une goutte dans l’océan de douleurs, de tortures et de massacres qui va submerger l’Europe (sans compter l’Amérique…) de ce temps-là. Tu fais bien Marco Valdo M.I., mon ami, de relater ces épouvantables événements, car la folie humaine, surtout quand elle est institutionnalisée, est redoutable et est toujours prête à se réveiller. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde inquisitorial, délateur, envieux, avide, sadique et cacochyme.


Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Katheline la bonne sorcière, en ce temps-là,
Par des simples et sans prières
Sauva de la mort sans autres manières
Les animaux d’un fermier de l’endroit.

Un bœuf, trois moutons, un cochon
Mais pas la vache de celui-là
Mal lui en prit, car le félon
De jeter des sorts l’accusa.

Accusation sans fondement et infâme.
On arrêta la bonne femme.
On la condamna à avouer ;
Par la torture, à avouer.

Le bourreau la mit nue et la rasa.
Il l’attacha sur le banc de torture.
Il versa l’eau chaude dans l’estomac.
Katheline vomit tant et tant de vomissure.

Avoue : tu es une sorcière.
Je n'avoue rien. j’aime les bêtes.
j’ai soigné la vache par des remèdes.
Avoue : tu es une sorcière.

Tu me voulus pour épouse dans le temps.
Pourquoi viens-tu si tard ?
Le nombre sacré tue ceux qui veulent m'avoir.
Le greffier dit : elle est folle, maintenant.

À Damme, le juge condamna Katheline
À avoir la tête brûlée et un exil de trois ans.
Sur la tête rasée de Katheline, on mit les étoupes.
Elles brûlèrent longtemps, longtemps.

Katheline gémit, pleura, cria, hurla ;
Dessus sa tête, enfin, les flammes cessèrent.
On détacha Katheline la bonne sorcière
Et hors de la ville, sur un chariot, on la mena.



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